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Nathalie M.

Intérieur nord
par (Libraire)
28 juin 2020

Dans le mille

C'est un recueil de quatre nouvelles. Elles disent des êtres seuls face à leur vie qui bascule brusquement.
Chacune des histoires prend à la gorge, serre l'estomac.
On avance peu à peu dans chaque récit en se disant dans un premier temps "pour l'instant, ça va".
Et puis, au détour de quelques mots, à la phrase qui se profile autrement, on sent venir le point de bascule, là, sous les yeux.
Pourtant, la lecture continue, avidement, jusqu'au bout du récit.
Impossible de faire autrement.
Ce peut donc bien être ça, la vie, les vies. On lit, happés, comme trouver confirmation de nos intuitions profondes.
Les vies s'écoulent plus ou moins paisiblement, et puis tout à coup, elles basculent vers ce qu'on n'imaginait même pas.
Marcus Malte, du format court, nous place tout de suite au coeur du sujet, nous emmenant dans l'histoire en cours, puissamment.
On pourrait être ébaubi si ce n'est horrifié de ce qu'on découvre au fil de lire, mais étrangement, on avance en confiance de celui qui écrit beau, les vies qui vont comme elles peuvent.

A la ligne, Feuillets d'usine

Feuillets d'usine

La Table Ronde

18,00
par (Libraire)
26 juin 2020

À la ligne, en pointant, sans ponctuation.

C'est bien écrit, c'est sûr. Joseph Ponthus, dans cet ouvrage, parle des boulots d'ouvrier intérimaire. Il dit les appels de dernière minute, les cadences, les trajets, la dureté des emplois, les horaires décalés, les collègues avec lesquels il n'a pas le temps de sympathiser, bien que règne souvent un brin de solidarité comme une nécessité, une évidence, des circonstances.
Il parle de la conserverie de poissons et des abattoirs. On passe des tonnes de poissons et de crustacés à conditionner, à l'abattoir avec le sang à nettoyer, les carcasses à déplacer, tout ce que ça dit de notre société qui n'est jamais à satiété.
Sûr, c'est bien écrit. Les heures passées à trimer, on les sent par le corps décrit dans la fatigue, dans les douleurs, dans les dérèglements des horaires décalés. On les sent aussi dans l'esprit qui cherche à échapper, à analyser, à disséquer, à traduire tout ce qui paraît absurde, injuste et triste.
C'est un ouvrage qui dit le travail précaire aujourd'hui, qui ne va qu'au rythme imposé et assumé des entreprises, qui se nourrissent, qui engloutissent les forces de travail, pour le profit, pour les actionnaires.
Joseph Ponthus dit aussi combien la littérature est un refuge, combien elle sauve. Là, je suis d'accord.

Le sort tomba sur le plus jeune / roman

Blandinières, Sophie

Flammarion

15,00
par (Libraire)
25 juin 2020

Uppercut

C'est un premier roman. Époustouflant.
L'inceste, la pédophilie ; ce que c'est, ce que ça fait, se déploie maléfique, magnifiquement écrit par l'auteure qui sait, dit tel que c'est, même si c'est un roman. Pas de fioritures, pas d'abus de langage, pas de tentatives d'excuses, pour personne. Pas d'acceptation possible. On lit et c'est consentir à voir et savoir les êtres et les faits, seulement ça. Faits qui sont posés, destructeurs, cachés mais sus pourtant. Sus de ceux qui font, sus de ceux qui subissent comprenant tout de suite ou plus tard ce qu'ils subissent, irrémédiablement marqués, perturbés ou bousillés dans leur devenir.
D'ailleurs qui deviennent-ils, chacun ?
C'est au travers d'une enquête journalistique impliquant un sexagénaire et une enfant de onze ans, persuadée d'aimer cet homme, que la narratrice parle de tous les enfants qui ont subi ou subissent l'inceste ou la pédophilie.

LE ROUGE VIF DE LA RHUBARBE
par (Libraire)
23 juin 2020

Balade lente et contée

Agustina a quatorze ans.
Elle est née sans mobilité des jambes, celles-là même qu'elle promène, toute petite enfant, comme une queue de sirène, à la force de ses bras.
De patience et de pugnacité, du goût affirmé pour l'indépendance, elle s'aide de béquilles pour explorer le village autour, le champ de rhubarbe où ses parents se sont aimés et pour aller à l'école.
C'est Nina, âgée de plus de soixante ans qui l'accompagne à grandir puisque sa mère a suivi les oiseaux migrateurs.
Agustina reçoit d'elle des lettres, petits mots et de menus cadeaux dont on sent l'amour puissant qu'ils recèlent, malgré l'absence.
Agustina rêve de se hisser en haut de la montagne qui s'élève à 844 mètres.
Elle qui regarde autrement, veut voir le monde de là-haut.
Et c'est émouvant de pouvoir lire sa perception du monde de sa singularité, qui est richesse pour nous qui la lisons.
Au fil des pages, nous imaginons Agustina, ressentons ce qu'elle ressent, et même recevons-nous le monde autrement.
C'est un ouvrage qui mène le lecteur à se questionner sur sa manière de percevoir, sur ce qu'il croit savoir.
De lire, on se sent porté au-delà des mots, présent totalement à ce qu'on lit et surpris longuement encore après lecture.

Chroniques d'une station-service
par (Libraire)
18 juin 2020

Drôle !

C'est un premier roman.
Comme l'indique le titre, le narrateur est pompiste.
Et comme on peut l'imaginer aisément, le fux fluctuant des êtres qui passent par la station-service laisse traces.
On perçoit des hommes, des femmes et enfants, pressés, harrassés, affamés, habitués ou de passage de nécessité seulement.
Le lieu nous est donné à voir par cet homme au regard un tantinet décalé, qui le transforme en salle de jeu de dames, jeu auquel il s'adonne avec un ami en débattant de la vie qui va, de lieu d'expositions ou de débats à bâtons rompus selon qui vient là ou l'humeur du moment.
Il fait son boulot certes, mais on le sent davantage happé par ceux qu'il voit passer par là et ce qu'il imagine d'eux que par la caisse qu'il s'échinerait à recompter.
Il nous livre ses questionnements, ses interprétations quelque peu surréalistes sur les clients, sa propre vie autant que LA VIE en général.
Il est doté d'un humour ravageur, pince sans rire, d'autant qu'on sent qu'il ne fait pas exprès d'en user, et ses réparties poétiques ou bien senties nous laissent songeurs, voire perplexes.
Quelques pépites laissent souvenir tenace et là, maintenant, s'esquisse un sourire rien que d'y repenser...