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Nathalie M.

Le Ghetto intérieur
par (Libraire)
4 novembre 2019

Le silence

Écrire, est-ce que ça permet de faire jaillir du silence ?
Ce roman parle d'un homme qui peu à peu, perd le sens de dire. Un silence aussi lourd que pèse le fait de vivre puisque c'est vivre de culpabilité.
Vicente a fui la Pologne après la première guerre mondiale et est arrivé en Argentine.
Il ne se sent d'aucun pays comme il pourrait être de tous, une fois accueilli.
Mais le conflit de la seconde guerre mondiale le renvoie à sa judéité, qui n'était pas élément d'identité jusque là. Questionnement profond, existentiel qui ne trouve pas de réponse, qui ne peut que rester questionnement.
Il a quitté sa mère, son frère et sa sœur pour construire une vie ailleurs, sans jamais chercher à les convaincre vraiment de le rejoindre, sans jamais mettre en place les conditions à ce qu'ils le rejoignent.
De là, née sa culpabilité qui s'insinue peu à peu dans tout son être, faisant grandir le silence.
Le silence est de ne savoir que dire face à ce qui se passe. Puis, le silence s'installe de savoir que les mots ne changent rien à sa responsabilité, qui se transforme en culpabilité. Finalement, il demeure de ne plus pouvoir dire, Vicente comme noyé à l'intérieur.
Un silence désespéré.
Un silence comme un vide que plus rien ne peut remplir, combler.
Des mots justes, nets s'écrivent et disent l'inutilité du silence, sa dangerosité même.
C'est un ouvrage qui enjoint à dire encore et encore.

Estuaire

Anne-Marie Métailié

19,00
par (Libraire)
28 octobre 2019

Lumineux

C'est un ouvrage dans lequel on entre tout de suite. L'écriture vous prend, vous mène, patient et curieux à la fois, d'en découvrir l'histoire.
La famille Galeano, après avoir investi toute sa fortune dans un projet, se trouve ruinée.
Tous les membres doivent quitter l'aisance de leurs vies passées, pour revenir vivre dans la demeure familiale.
Après le constat, tous se réjouissent tant bien que mal, en relativisant leurs pertes, percevant la chance de pouvoir être encore réunis dans leur belle demeure familiale.
Chacun à sa vie, montre sa perception de la situation, s'en accommode plus ou moins bien ; s'y adapte, s'en échappe, la fuit ou en meurt.
Les liens familiaux sont, mais la situation difficile et précaire pose des priorités individuelles et personnelles difficiles à faire accepter les uns aux autres.
Du cataclysme, s'enchaînent des conséquences dramatiques mais aussi de l'espérance insoupçonnée.
Les êtres et les liens entre eux changent, deviennent autres, acculés à devenir quoiqu'il en soit.
Les possibles de chaque personnage se déploient au fil de la lecture dans leurs relations aux autres, dans l'intimité de leurs pensées, dans la profondeur dont l'auteure les a dotés.
C'est un livre qui ouvre les portes et laisse entrevoir tous les maux de notre époque dans le monde tel que la logique humaine le fait devenir ; le pouvoir, le fonctionnement lent des administrations, l'argent, l'écologie au rabais, les flux migratoires et la misère associée.
C'est un livre qui dit la difficulté de vivre dans ce monde et toute l'intelligence que cela nécessite de s'y inscrire au plus juste.
C'est un livre qui dit la nécessité de s'ancrer dans la réalité, par des actes pensés et soupesés, portés d'une profonde humanité.
C'est un livre qui parle aussi du processus de création littéraire, le questionne dans la réalité à vivre et ouvre à sa beauté autant qu'à sa nécessité.
Enfin, l'écriture de cette auteure génère l'enchantement. Enchanté, c'est ainsi qu'on sort de cet ouvrage-là.

Eclats / prises de vue clandestines des camps nazis
par (Libraire)
27 octobre 2019

Des vies

Des photographies de plus ou moins bonne qualité, essentielles pourtant et rares.
Elles ont été prises dans différents camps de concentration ou d'extermination par les détenus eux-mêmes. Elles sont, de fait, bien différentes de celles prises lors de la libération des camps, des conditions extrêmement dangereuses pour qui les prenait, de ce qu'elles disent de l'intérieur des camps.
Elles ont été prises, pour rendre visible l'insoupçonné d'abord, qui au fil de la seconde guerre mondiale a été perçu, su, puis découvert lors la libération des camps par les alliés.
Ceux qui se sont risqués à l'exercice photographique étaient habités par le souhait, la volonté de donner à voir, de témoigner preuves à l'appui, de ce qui se vivait, se fomenter au quotidien à l'intérieur des camps.
Christophe Cognet nous dit ce qu'il sait de ceux qui ont pris les photographies, de ceux qui l'ont été quand ils ont pu être identifiés, et explique ce qu'elles signifient, du travail de recherche effectué avec des spécialistes confirmés pour les décrypter.
Le trouble à la lecture de cet ouvrage vient de ce que l'on saisit du quotidien des détenus, des différences de sorts notables entre les êtres dans des temps et des espaces différents identifiés grâce à ces photographies.
Le quotidien de l'enfermement, les lieux et les vies, la réalité du passé se trouvent fixés sur le papier, avec les moyens du bord, de façon aléatoire parfois des conditions difficiles et dangereuses pour qui se risquait à prendre ces photographies. Elles sont éclats d'instants réels, d'êtres du passé perçus tout à coup au présent. Passé qui doit rester présent dans l'esprit de chacun.

L'éclipse de lune de Davenport et autres poèmes
par (Libraire)
18 octobre 2019

Un peu de poésie, que diable !

On connaît son style direct, son regard acéré, son langage cru.
Jim Harrison en connaît un rayon quant à nos humanités.
Ses poèmes sont de la même veine.
Concentrés de mots qui balancent à l'esprit de celui qui lit une inéluctable pensée surgissante de l'instant.
Il y est question de nature, d'animaux, de Dieu(x), de femmes et d'hommes.
Il y est question d'instants posés sur le papier qui, de quelques lignes peignent des paysages, des êtres et les reflets des âmes.
Picorer ces poèmes ou les lire sans discontinuer, c'est s'emplir d'un bout de ciel étoilé qu'on a pris le temps de regarder.
Jamais le même ciel, en mouvement perpétuel.
Jamais le même être percevant, puisque toujours mouvant.

Encre sympathique
par (Libraire)
14 octobre 2019

Déambulation

On entre dans les ouvrages de Modiano comme dans un univers à la fois familier et étrange.
On se laisse porter des mots, comme suivre des chemins, des silhouettes au loin, dans un temps où le présent et le passé se mêlent, se chevauchent, font perdre toute notion du temps.
On croit rêver la réalité, ou s'y attacher, ou s'y attarder. On la questionne. On pense la mémoire. On pense le présent dans un rapport différent au passé, comme y chercher réponse, on ne sait à quelle question.
On pense les êtres de ce qu'on les perçoit. On croit les savoir tout en sachant pertinemment qu'on ne les sait pas. Ils échappent comme nous échappons à nous-mêmes.
Des interstices, des blancs, des oublis, des zones sombres ou d'ombre, des mots dits écrits ou lus, surgissent des éclats perçus réalité absolue, évidente, de l'instant, dans l'instant seulement.
Merveilleux ouvrage.