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Nathalie M.

Floride
22,50
par (Libraire)
7 juillet 2019

Nouvelles inquiétantes

Un recueil de nouvelles. Le point commun ; la Floride toujours citée même si toutes les histoires ne s'y déroulent pas forcément.
Le lieu imprègne les personnages, les charge. Le lieu génère des situations dangereuses, anxiogènes ; amplification des vécus, des êtres aussi du coup.
Le lieu écrit l'histoire.
Une écriture ciselée, sans concession.
Des histoires qui tapent au coeur de ce qui crée le malaise.
À chaque nouvelle, on a hâte de l'avoir lue, mais ce n'est pas pour s'en débarrasser et passer à la suivante. C'est seulement qu'on ne sait jamais où l'auteure nous emmène. On ne peut deviner ce qui va advenir et on voudrait savoir. On craint le pire de se sentir sur le fil. C'est inconfortable. Alors, on lit comme en état d'urgence. Et ce n'est jamais tout ce qu'on peut envisager qui s'écrit des personnages denses et des situations transitoires. Ce n'est ni mieux, ni pire. C'est toujours absolument différent, riche de nuances.

Norilsk

Le Livre de Poche

7,20
par (Libraire)
1 juillet 2019

Bien plus qu'une parenthèse éméchée

Il faut aimer le style de Caryl Férey, celui qui a écrit le Petit éloge de l'excès.
C'est le récit d'un voyage qui se fait sur commande, celle de deux éditrices qui aimeraient lire les impressions de notre auteur punk sur cette ville immense dans le nord de la Sibérie, où la nature a foutu le camp à force de pollution rejetée par la mine de nickel. Celle-là même qui en fait ce qu'on pourrait appeler sa richesse. Enfin celle de ceux qui la possède pas tellement celle de ceux qui y bossent.
Notre narrateur part donc à la découverte de ce bout du monde avec son pote La Bête, rien que son nom vous donne une idée du personnage. Ajoutons qu'il est borgne, ce qui explique en partie sa maladresse.
Bien sûr, on y boit beaucoup et pas forcément de la vodka. À Norilsk, ils sont plutôt bière, quitte à la brasser eux-mêmes. Surtout, on y parle des aspirations profondes des russes qui vivent là. On lit leurs rêves, leur façon d'exister du lieu, au-delà de la nécessité de travailler à la mine. On lit leur regard sur la politique et le monde, leur désir de paix.
On découvre les décors. On devine les lumières, les couleurs polluées, outrancières. On imagine les intérieurs décatis aux couleurs kitschs, l'architecture d'une autre époque, où Internet est à très bas débit, l'anglais perçu comme une langue absolument étrangère et incompréhensible, comme le français. Communication difficile.
Entre deux soirées arrosées, on apprend l'histoire de cette ville, de sa mine et de ses fonderies. On apprend les conditions de travail qu'on pensait d'un autre siècle, les accidents, la mortalité boostée de la pollution, de l'alcool aussi, peut-être un peu.
Une impression de fin du monde exacerbée, et la conscience pure de vivre de façon absurde. Alors, autant vivre !
Absurdité qui crée des liens, des amitiés à la vie à la mort, le temps d'un soir.
Le voyage prendra fin.
Il y aura un retour, des êtres et des images qui marquent à vie, qui restent ancrés comme parties de soi. Un avant et un après, en somme.
Un livre à part dans la bibliographie de l'auteur, une parenthèse qui dit un petit bout du monde perdu quelque part loin d'ici, aujourd'hui.

Une flèche dans la tête
par (Libraire)
28 juin 2019

Road-movie père-fille

Il faut aimer le blues, Robert Johnson ou vouloir les découvrir.
Il faut vouloir sortir des sentiers battus, des pièges à touristes quand on imagine emprunter la route du blues comme quête de vérité.
Il faut aimer Erskine Caldwell plutôt que William Faulkner.
La musique en filigrane de la relation entre père et fille qui se renoue. La musique comme lien de tout temps entre les deux êtres qui se sont perdus de vue, qui se ré-apprivoisent, de s'aimer évidemment.
Les souvenirs se mêlent aux questionnements quant à ce que chacun est devenu.
Pourquoi le père a-t-il souhaité ce voyage ? Pourquoi sa fille l'a-t-elle accepté ?
De belles descriptions comme envolées lyriques des migraines dont souffre le père parce qu'on sait bien qu'elles sont multiples et portent sens pour qui les subit.
De beaux questionnements intimes mis en relief par la relation filiale qui se vit pudique.
C'est un voyage qui a du style, cash.

Détox - Volume 01
16,90
par (Libraire)
27 juin 2019

Excellent !


L’accroche quant à cet album, c’est le titre et la couleur sépia.
On prend le grand objet, on commence par le feuilleter, puis vient la lecture-visionnage et on ne lâche plus la B.D, sous aucun prétexte. Le propos est bien amené, mené et justement on se demande tout du long où cela nous emmène. Couper avec la 4G, ce cordon ombilical au monde, aux autres et revenir à l'essentiel ; aux liens dans la vie réelle, avec tout l'insoupçonné que cela contient.
On ne voit pas le temps passer d’ailleurs on s'en fiche du temps que ça prend. On n'est que lecture. Sauf qu'on arrive à la fin, qui n’est pas la fin de l’histoire justement !
Nous voici frustrés. Il va donc bien falloir patienter.
En effet, la suite n’existe que par son titre “ L’acceptation “, qui laisse lieu à imaginer.
Finalement, c’est drôle cette réaction. Elle met en évidence tout ce que l’histoire nous invite à travailler, avec humour et pertinence.
Je ne vous en dis pas plus, vous en laisse la curiosité. Vivement la suite !

Pour quelques gouttes d'eau…

Anne Jonas ; Marie Desbons

Buveur d'encre

16,00
par (Libraire)
26 juin 2019

Poétique et beau

Une petite fille Zahina va tous les jours chercher de l'eau avec son père dans le pays aride dans lequel toute sa famille vit. Chaque goutte est précieuse. Et Zahina s'en veut jour après jour, de renverser quelques gouttes sur le chemin, tant le monde qui l'entoure éveille son attention, la détourne de sa tâche, la nourrit de mots, qu'elle garde dans sa gorge sèche. Les mots forment des histoires qui l'habitent.
Elle n'envisage pas les bienfaits de son inattention et des larmes qu'elle pleure, qui arrosent le chemin mine de rien.
Bientôt, elle saura...
Les illustrations sont magnifiques, le récit sensible et poétique.
Le sourire de lire est assuré.