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Nathalie M.

La Mer à l'envers
par (Libraire)
8 septembre 2019

Une alchimie d'aujourd'hui

C'est un beau roman. C'est une jolie histoire. Rose est une quadragénaire bourgeoise avec ses soucis à elle, dans sa vie à elle.
D'une croisière offerte par sa mère, elle se retrouve face à des migrants ou des exilés ou des réfugiés ( comment les nommer ? ), surtout face à Younès qu'elle perçoit comme elle voit son fils Gabriel. Elle lui donne le portable de son garçon. Et puis le temps passe. Et Younès l'appelle. Il a vraiment besoin d'elle. Elle va le chercher, le soigne, l'accompagne.
Tout semble si simple et doux dans ce roman, qui ne fait que dire des vies dans ce monde d'aujourd'hui où tout apparaît si complexe. Cette femme, mère, épouse sait faire, s'adapte au monde tel qu'il est, sans se faire d'illusions, sachant ses propres limites, dans une présence réelle et effective aux autres de ce qu'elle porte en elle ; un don pour soigner.
On sort de ce roman ragaillardis, prêts à mieux regarder et faire avec le monde dans lequel on vit, des autres qui y sont autant que soi.
L’auteure, de son écriture à elle, touche à l’essentiel, à ce qui nous remue à l’intérieur, qu'on ne sait pas bien dire, par pudeur. Elle dépeint aussi bien notre capacité à devenir, de nous adapter, de chercher et trouver des solutions que notre vulnérabilité, comme si toujours elles semblaient aller de paire, mine de rien.

Dénouement

Foglia, Aurélie

José Corti

18,00
par (Libraire)
4 septembre 2019

Sans complaisance

Dolorès quitte le domicile conjugal, son mari, son fils. Elle n'en peut plus. Partir comme tout perdre. Elle doit tout reconstruire ; elle-même, sa vie, une autre relation amoureuse ? Peut-être.
Ce n'est pas un chemin linéaire, simple. C'est un chemin à trouver, plein d'anfractuosités, d'impasses, de bonne direction à trouver de tâtonner, avec le peu de moyens avec lequel il faut composer.
L'auteure porte un regard nu sur son personnage. C'est un regard qui montre les petits arrangements avec soi-même, avec le monde autour, et la lucidité surgissante qui tout à coup estomaque.
Elle dit les fragilités, les lâchetés et l'énergie oscillante mais bien présente à vouloir vivre, à vouloir être malgré tout.
Une écriture sans concession, marquée de poésie dure certes, mais qui justement rend la vie, la situation vécue au plus prés.
Ce n'est rien d'autre que le récit d'une femme qui se débat à vivre dans le monde d'aujourd'hui, loin de tout jugement moral ou de bon ton ; récit qui porte à réflexion.

Je ne ferai une bonne épouse pour personne, La vie et les amours d'Evelyn McHale, la plus belle parmi les ombres

La vie et les amours d'Evelyn McHale, la plus belle parmi les ombres

Quai Voltaire

23,00
par (Libraire)
29 août 2019

Le silence, la lucidité

Une femme se jette du 86ème étage de l'Empire State Building. Evelyn McHale se donne la mort le premier Mai 1947. De ce fait divers se tisse une toile, une réflexion, une concordance ou discordance des êtres aux autres, au monde qui ne cesse de devenir, en accéléré, toujours plus accéléré vers demain.
L'auteur mène l'ouvrage de mots, de chapitres, de personnes lues comme des personnages, reflets d'une réflexion intérieure et profonde de ce qu'est vivre.
Une lucidité, des mots posés justes et donc forcément terribles parfois, souvent.
C'est un roman qui impose la lenteur, la réflexion, un regard sans concession sur le fait d'être en vie, à la vie.
C'est âpre, et en même temps, on sent poindre en soi la sensation d'effleurer au plus près la réalité. Cette sensation apaise.

Ordesa
23,00
par (Libraire)
21 août 2019

Deuil qui s'écrit

C'est le deuil des parents qui ne se fait pas, qui se fera peut-etre d'écrire.
Manuel Vilas écrit la mort de son père, puis celle de sa mère.
Il parle aussi, peu à peu, des autres disparus de sa famille.
Il dit cette famille dont il est, en donnant à chacun des noms de grands musiciens, parce qu'il aime la musique, parce qu'elle est son refuge.
L'écriture est de l'instant, dans le surgissement de l'absence définitive des etres disparus et tant aimés, mal surement mais aimés.
Manuel Vilas écrit l'Espagne au fil du temps, la pauvreté, son Histoire au regard de la vie, de l'histoire des siens, de la sienne, de celle de ses enfants qui s'éloignent de grandir.
Il dit sa solitude dans la perte.
Il dit le fait de n'être que de passage, l'humilité dans laquelle ça nous installe de le savoir.
Il met en relief ce qu'il n'a jamais su des siens et ne saura jamais, de la pudeur, de n'avoir pas osé dire ou demander.
L'auteur nomme un lieu, Ordesa, qui n'est que des etres chers disparus.
Ordesa est le lieu du père surtout.
Ordesa est un ouvrage de fragments, intense, profond, émouvant qui touche à l'essentiel comme questionnement perpétuel quant à notre humanité plurielle.

Mur Méditérranée
22,00
par (Libraire)
1 août 2019

Roman de quelle réalité ?

Trois destins féminins dans l'exil. Celui de Chochana, Nigériane. Celui de Semhar, Érythréenne. Celui de Dima, Syrienne.
Ces trois femmes ont longuement pensé, échafaudé, organisé leur exode vers un ailleurs pour échapper à leur terre natale, baignée de sang, de dictature, ou de sécheresse.
Trois femmes dont l’histoire à traverser la mer Méditerranée – ce mur – les lient les unes aux autres, des circonstances.
Traversée faite de soumission, de violences latentes ou surgissantes, de deuils, de disparitions.
Traversée confrontées à la mort ; celle des autres, celle de proches aussi, en tentant d’y échapper elles-mêmes.
Traversée comme ne plus pouvoir rien faire qu’attendre qu'elle se termine d’une façon ou d’une autre.
Traversée comme se confronter à soi-même, aux autres, en œuvrant vers un avenir de tenter de tenir et survivre.
De cette lecture, on vit le périple de chacune.
On saisit l’humanité, la ténacité, la souffrance au-delà de ce qu’on peut imaginer de seulement tenter d’imaginer.
De s’informer, on sait les clandestins, les naufrages, les morts perçus comme masse d’êtres sans visages et sans noms qui sombre dans la mer.
On sait ceux qui débarquent sur les côtes européennes, l’accueil qu’on leur réserve fait d’attente, de démarches administratives longues, voire de refoulements.
Par cet ouvrage, on lit trois destins, on découvre trois femmes dont on voudrait qu’elles s’en sortent, parmi d’autres évoqués dont on sait qu’ils disparaissent, meurent sans en connaître vraiment les circonstances. On ne fait que supposer. On se trouve témoins directs.
Ce roman enjoint à voir, à savoir, à poser son regard sur les faits, sur les citoyens du monde d’où qu’ils viennent, où qu’ils aillent.
Une écriture vive, qui sonne juste. Une écriture dense, sans fioritures qui donne à percevoir les êtres et leur traversée de l’intérieur.
Ce roman inspiré du sauvetage d’un bateau de clandestins par un pétrolier danois en 2014, confronte le lecteur à ce qu’il ne savait pas, à ce qu’il n’osait pas imaginer peut-être.