La librairie vous accueille du mardi au samedi de 9h à 12h30 et de 14h à 19h
27 rue Franche, 71000 Mâcon - 03 85 38 85 27 - cadran.lunaire@wanadoo.fr

Yv

http://lyvres.over-blog.com/

Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

Prémices de la chute
par
2 juillet 2019

Retour de Tedj Benlazar et de Frédéric Paulin, son créateur, après l'excellent "La guerre est une ruse", qui se déroulait en Algérie au début des années 90, juste après les élections qui avaient fait gagné les islamistes.
Frédéric Paulin continue de tirer le fil de l'importation du terrorisme en Occident. C'est toujours remarquablement fait, car il sait mêler la réalité à la fiction. Ses personnages inventés se joignent et se mêlent aux personnes ayant réellement existé, le tout donnant un récit crédible et réaliste. Il explique toute l'époque, tous les actes qui amèneront vers les attentats du 11 septembre 2001, leur préparation, les cafouillages des divers services de renseignements et de police pour, souvent, de simples guerres entre eux. Il n'oublie pas d'évoquer certaines théories complotistes en les traitant comme telles.

C'est passionnant et instructif, même pour quelqu'un de ma génération ayant vécu tout cela, sans doute d'assez loin. Ce qui fait la force de son roman et lui donne une puissance indéniable, c'est aussi l'ajout de ses personnages fictifs, de leurs vies professionnelles et personnelles difficiles. Il leur donne corps et n'en fait pas de simples faire-valoir du contexte. Ils vivent pleinement l'époque et leur travail, ce qui donne même beaucoup de relief aux événements décrits. L'auteur donne vie à des personnages qu'on a envie de retrouver.

J'étais étourdi à la lecture du premier livre de la série, je le suis tout autant avec le deuxième, et je crois savoir qu'un troisième est prévu. Les romans comme celui-ci qui expliquent et instruisent sur une époque ou un thème, qui ne sont pas rébarbatifs, me passionnent. Je prends une option sur le troisième opus.

La Caverne vide

Dimana TRANKOVA

Intervalles

22,90
par
2 juillet 2019

Roman dense et troublant. Dense parce que l'auteure va au plus profond de ses personnages, et comme chacun peut être en totale opposition à l'autre, elle construit des situations nombreuses, des discussions, des débats sans fin, John notamment venant mettre à mal tout ce qui fait le quotidien des habitants de la Patrie populaire : soumission, censure... Difficile de n'y pas voir, le titre du roman est pour cela transparent, une référence à l'allégorie de la caverne de Platon, qui comme de bien entendu est un auteur subversif et interdit dans le pays. Pour l'avoir lu et s'en être inspiré, un philosophe est dans un camp de travail. La densité vient aussi évidemment du contexte ainsi que l'aspect troublant que j'évoquais plus haut. Là aussi, une référence est revendiquée et claire : "1984" de George Orwell. Tout y fait penser. Ce qui rend le récit de Dimana Trankova troublant c'est la proximité géographique et géopolitique. La montée de ce que l'on nomme couramment les populismes en Europe et plus généralement dans le monde fait craindre ce genre de dérives. Le monde que décrit l'auteure n'est peut-être pas si loin que cela. Sa dystopie nous parle directement de ce qui pourrait bien advenir si nous continuons à mettre au pouvoir des gens qui ne rêvent que de grandeur de leur patrie, de patriotisme, de nationalisme, de protectionnisme. Le flicage intensif en Chine qui se développe et fait craindre le pire est tout à fait dans l'ambiance de ce roman. Ambiance angoissante que l'on peut aussi retrouver dans l'excellente série Black Mirror (au moins les deux premières saisons).

Si Dimana Trankova n'invente pas totalement le monde qu'elle décrit puisqu'elle s'inspire des meilleurs dans ce domaine, elle le raconte d'une manière très personnelle, il faut bien rester concentré, ce n'est pas un roman que l'on lit en écoutant de la musique par exemple. Ce serait long d'aborder tous les points dont traite l'auteure et sans doute pas suffisant pour dire tout le bien que je pense de ce livre, encore une fois dense, pour lequel il faut s'accrocher au début, mais la récompense est au bout, avec la sensation d'avoir lu une œuvre forte et puissante. Un livre, des situations et des personnages qui resteront en mémoire longtemps.

THE WENDY PROJECT

Osborne/Fish

Ankama

par
2 juillet 2019

Bande dessinée étrange et belle qui ravira les amateurs de poésie et pourra surprendre les puristes de la ligne claire et des histoires classiques. Le scénario, signé Melissa Jane Osborne, fait la part belle aux rêves, aux mondes imaginaires et à tout ce que le cerveau met en place pour ne pas voir en face la dure et triste réalité. C'est fort bien fait, parfois déroutant, mais les explications plus rationnelles sont données au cours de l'album, ce qui rassurera ceux qui comme moi, aiment bien avoir une base de réel à laquelle se raccrocher.

Le dessin de Veronica Fish est lui aussi étonnant, à la fois très simple voire adolescent si tant est que je puisse qualifier un dessin comme tel, notamment dans les visages, les expressions des personnages. Il est beaucoup plus barré dans la partie imaginaire qui est en couleurs nombreuses et vives au contraire de la vie réelle qui est en noir et blanc.

Le mélange donne un album original pas drôle mais absolument pas plombant, qui parlera sans doute à tous ceux qui ont connu des deuils difficiles à surmonter, car le thème général est la mort d'un très proche. Il y est aussi question de la fin de l'adolescence : "Le lycée, c'est un peu le purgatoire de l'adolescence." (p.10), du passage à l'âge adulte, le rite initiatique étant ici rude et violent.

Très bel album paru chez Ankama éditions, que je découvre, à lire et relire pour le saisir encore plus

Qaraqosh
par
2 juillet 2019

Retour de Clovis Narigou, le héros fétiche et récurrent de Maurice Gouiran, et retour en pleine forme, même si cette fois-ci sa présence est un peu éclipsée par celle d'Emma, mais ce n'est pas lui qui en sera chafouin tant il l'aime sa flicque. Comme à son habitude et en romancier particulièrement rompu à son art, Maurice Gouiran place son histoire et ses héros dans une partie de l'histoire du monde. Cette fois-ci, les deux plus importants contextes sont la bibliothèque très particulière de Himmler -dont j'ignorais l'existence et qui a été retrouvée récemment à Prague- et la guerre en Irak contre les islamistes. Forcément bien documenté, il instruit ses lecteurs de manière fort plaisante. En plus, j'ai eu la chance de passer quelques jours à Prague cette année, et j'ai pu suivre les pérégrinations de Clovis -bon, j'ai fait moins de bas que lui- dans les rues de la capitale tchèque, ce qui a, je dois bien le dire, rajouter un petit plaisir supplémentaire.

L'autre partie se déroule en Irak et en France après le retour de Mikki. Si ce roman n'est pas le plus dense ni même celui qui a le contexte le plus fort de tous ceux de l'auteur que j'ai lus, il se hisse très haut dans cette série, par son intrigue, le rôle plus important donné à Emma et le calme de la Varune, la bergerie de Clovis. Tout coule parfaitement, tant que je ne me suis jamais douté de l'explication finale.

Maurice Gouiran peut s’enorgueillir d'une œuvre riche, cette dernière aventure de Clovis y entre naturellement, par la grande porte.

Enferme-moi si tu peux
par
2 juillet 2019

Les auteurs de cet album, Anne-Caroline Pandolfo et Terkel Risbjerg ont choisi six artistes de l'art brut, trois hommes et trois femmes. Augustin Lesage (1876-1954) mineur, fils et petit-fils de mineurs, qui, à la suite d'une séance de spiritisme va se mettre à peindre une toile gigantesque, puis n'arrêtera plus du reste de sa vie. Madge Gill (1882-1961), une enfance misérable et bientôt, une révélation, elle se met à jouer et composer de la musique et à la peinture, totalement habitée par un esprit. Le Facteur Cheval (1836-1924), est-il besoin de le présenter, qui lors de ses tournées ramasse des pierres et construit son désormais célèbre palais. Aloïse (1886-1964), obligée, par convention, de quitter l'homme qu'elle aime, elle ne sortira pas indemne de la guerre, sera internée et diagnostiquée schizophrène et s'isolera au sein de l'institut pour dessiner jusqu'à la fin de sa vie. Marjan Gruzewski (1898-?), enfant, il ne peut se servir de sa main droite, qui pourtant, lors de crises de somnambulisme -après une séance de spiritisme- lui permettra de dessiner, peindre une oeuvre assez conséquente. Judith Scott (1943-2005), trisomique, sourde et muette, elle produit une œuvre étrange, des cocons de cordes, fils liens, renfermant des objets du quotidien.

L'album est très très beau, en plus de présenter des artistes peu connus et de parler de leurs vies peu communes. Pour tous, c'est l'art qui les a faits sortir de leur condition misérable ou pauvre. Souvent moqués, raillés, ils ont persisté jusqu'à la fin. Les deux auteurs montrent très bien la part de décalage, de surnaturel, d'irréalisme voire de surréalisme -certains furent repérés par André Breton, le pape du genre. Les dessins et couleurs sont très parlants, sombres et torturés lorsqu'ils montrent les souffrances, très colorés à certains moments -notamment pour Aloïse. C'est une bande dessinée qui donne envie de découvrir chacun des artistes cités et ses œuvres. On sait que la vie d'artiste n'est pas aisée, ces six-là sont allés très loin, au plus profond d'eux-mêmes, de leurs ressources, de leur personnalité voire de leur santé pour faire ce qu'ils se sentaient obligés de faire, mus par des forces extra-ordinaires.