La librairie vous accueille du mardi au samedi de 9h à 12h30 et de 14h à 19h
27 rue Franche, 71000 Mâcon - 03 85 38 85 27 - cadran.lunaire@wanadoo.fr

Eric R.

Alto Braco
19,00
par (Libraire)
3 avril 2019

Un roman des origines

Brune, double de l’autrice, va découvrir en retournant sur l’Aubrac de son enfance, que l’on n’échappe jamais à ses origines. Un magnifique roman sur la transmission et le sentiment d’appartenance.

C’est un roman qui raconte l’histoire de deux jeunes filles figées dans un médaillon sur la couverture. Elles s’appellent Douce et Granita. Elles sont soeurs et elles sont grand mère et grand tante de Brune que les deux femmes ont élevée. Brune, qui a quitté l’Aveyron jeune pour la région parisienne, revient dans un petit village d’Aubrac pour enterrer Douce. Avec ce retour dans les paysages qu’elle a occultés, elle revient vers son passé, son enfance. Brune, citadine, va au fur et à mesure de ses retours sur le haut plateau, découvrir d’où elle vient vraiment.

Dans ce second roman, Vanessa Bamberger réussit à nous faire saisir la confrontation entre les univers si dissemblables du monde citadin et du monde rural. Elle trace des passerelles entre la ville et le village, entre le passé et le présent, entre la tradition et la modernité. Entre notre enfance et notre vie d’adulte. Une totale réussite.

Eric

Tropique de la violence
23,50
par (Libraire)
25 mars 2019

Une belle adaptation BD

Gaël Henry signe une belle adaptation BD d’un magnifique roman à succès qui dessinait un portrait explosif de la société de Mayotte. Un pays où il ne fait pas bon être jeune, sans amour et sans futur.

« Mayotte, cent-unième département français. Mer et cocotiers de carte postale, mais taux de chômage et de criminalité record …. ». Le décor est planté sans concession, sans fard.
On sort de cette BD, comme après la lecture du roman: bouleversé et on se souvient alors de cette phrase de Natacha Appanah: "Mais c'est la France, ici, quand même…….. ». En douterait on?

Eric

Ada

Barbara Baldi

Ici Même

par (Libraire)
20 mars 2019

Une BD majeure.

Barbara Baldi nous offre avec « ADA » une Bd exceptionnelle où les dessins sont des oeuvres d’art à part entière. Une BD majeure.

Les romans graphiques deviennent de plus en plus épais et le « roman », depuis quelques mois, l’emporte souvent sur le « graphique ». Dans cette tendance « Ada » fait figure d’exception. Exception comme exceptionnelle car autant l’écrire de suite, cet ouvrage taiseux est une pure merveille graphique.

On pourrait se croire en feuilletant d’abord l’ouvrage dans un conte pour enfants avec les forêts étouffantes et les images en gros plan glaçantes d’un ogre. L’ogre c’est en fait le père d’Ada, double de l’écrivaine, un bûcheron qui vit en 1917 en Autriche, dans une forêt près de Vienne, la capitale proche et lointaine où Schiele et Klimt cherchent de nouvelles partitions picturales. Ce père, dont l’épouse s’est sauvée, et qui ressemble avec son énorme moustache à Staline, est autoritaire, violent et interdit à Ada la lecture et la peinture, deux passions salvatrices et empreintes d’espoir pour l’adolescente. Ada à sa manière, silencieuse et a priori résignée, va pourtant résister.

Ce combat raconté à distance est celui d’une jeune fille qui utilise aussi son attachement à la nature pour se construire un monde intérieur lui permettant de grandir en dehors des vociférations et injonctions paternelles. Cette nature, souvent ténébreuse mais éclairée parfois par un soleil rasant ou une lampe à huile comme des signes lumineux d’espoir, est majestueusement peinte et dessinée. Des panoramiques ou des pleine pages verticales créent une atmosphère étouffante et pesante quand le père impose à sa fille des travaux lourds et pénibles mais deviennent sources d’intimité et de bonheur quand Ada se retrouve seule au milieu des arbres et des animaux. Les aquarelles retravaillées à l’ordinateur relèvent du plus grand talent et chaque dessin est une oeuvre d’art à part entière. Les effets picturaux sont multiples et parfois, comme dans une photo, la mise au point est fixée sur un détail, un objet, laissant dans le flou un environnement cotonneux et protecteur. On croit voir parfois un tableau de Turner et la rousseur d’Ada semblable à celle de la dessinatrice révèle le caractère partiellement autobiographique de l’ouvrage.

La simplicité de l’histoire pourrait sembler insuffisante pour nourrir une centaine de pages mais le silence permet à l‘autrice d’aller à l’essentiel et de maintenir notre attention sur la force intérieure qui anime Ada. On sent avec elle le froid qui pénètre le corps, on ressent le vent qui balaie la chevelure, on est transpercé par la pluie qui accompagne un acte odieux du père. Et surtout Barbara Baldi nous emmène avec elle sous les cieux, personnage à part entière qui renforce le sentiment de solitude d’une jeune fille enfermée dans une prison sans barreau et qui se sert de la beauté du monde pour se sauver dans des terres inconnues. Même quand l’hiver et la nuit étouffent les pas et les mots.

"ADA" : un livre, que l’on prend, reprend, pour s’immerger en quelques secondes dans un univers d’émotions et de sentiments.

Eric Rubert

Révolution tome 1, Liberté
par (Libraire)
20 mars 2019

REVOLUTION

Avec le tome I de « Révolution » Grouazel et Locard nous livrent une BD exceptionnelle en offrant un regard novateur sur un évènement majeur de notre histoire: La Révolution Française.

Ca pousse, ça tire, ça bouscule, ça rudoie, ça pue la sueur. Ca sent l’alcool. Ca sent la peur. Ca pressent la révolution. D’entrée on est dans la foule chez le marchand Réveillon fin avril 1789, on participe au pillage et au saccage de son hôtel et de sa manufacture, violences qui annoncent les futures émeutes de l’été. On est au ras du pavé, à la manière d’un participant caméra sur l’épaule, avec ce peuple à qui Grouazel et Locard donnent visages, expressions, sentiments comme rarement une Bd a su le faire.
La force majeure de cette Bd extraordinaire est de nous emmener dans les rues magnifiquement dessinées de Paris, d’entendre les conversations et les mots de ce qui va devenir foule, hurlante et violente qui se portera à la Bastille le 14 juillet ou à Versailles le 5 octobre. Cette proximité, que l’historien Pierre Serna, qualifie dans sa postface de « nouvelle vision de 1789 », permet de suivre la chronologie de cette colère qui transformera la révolte ponctuelle en révolution. On ne se retrouve pas ainsi dans un nouvel opus sur la Révolution Française mais dans un ouvrage original qui nous tient par la main pour nous expliquer, au long de 300 pages denses et parfaitement documentées, un processus révolutionnaire que l’on accompagne.
Le peuple est beaucoup mais il n’est pas tout et grâce à un scénario qui n’ignore pas les bonheurs de lecture d’une BD traditionnelle avec ses personnages typés et des destins qui s’entrecroisent, nous comprenons tous les ressorts et les enjeux de ces mois de Mai à Octobre 1789. La noblesse, indécrottable se croit toujours le fondement légitime de la royauté. Plus complexe est la composition du Tiers Etat dont les auteurs décrivent avec subtilité les disparités de ces représentants, disparités annonciatrices des soubresauts à venir.

Par des dessins étonnamment précis et détaillés, la vie est omniprésente et l’on entend ce qu’oublient bien souvent les livres d’histoire: la rumeur, les secrets, la peur qui monte, les complots réels ou fantasmés, tout ce qui fait le ferment des périodes troublées en évitant le simplisme d’une révolution du peuple contre les élites. Les six mois de 1789 sont ainsi suivis au plus près traçant une épopée du quotidien qui transpire le réel comme la sueur.

Les double page muettes et magnifiques offrent des silences nécessaires dans ce brouhaha incessant. Elles témoignent de la liberté visible accordée aux auteurs de prendre toute leur place dans un ouvrage à la fabrication remarquable où la qualité d’impression s’accorde parfaitement à la reconstitution d’une période ou les écrits et les libelles jouent un rôle essentiel.
On l’aura compris « Révolution » aura une place incontournable dans la bibliothèque d’un « honnête homme » du XXI ème siècle. Incontournable car novatrice, complète et ludique. Que demande le peuple?

Les gratitudes
par (Libraire)
15 mars 2019

Un roman bref et poignant.

Quand les mots se perdent et se défilent, la vieillesse approche. Delphine de Vigan, dans un roman bref et poignant, sait trouver les mots justes pour raconter cette fin de vie. Subtil et tendre.

Cela commence par un petit oubli, une petite difficulté. L’impossibilité de dire deux syllabes. Un mot:  « D’accord » qui se transforme systématiquement en « D’abord ». C’est un signe: le début de la vieillesse. Le début de la fin. C’est cela la vieillesse: une soustraction quotidienne.

Ce destin qui nous attend tous, c’est celui de Michka, une vieille femme pour qui « avant ça allait. Après ça n’allait plus ». En une journée tout bascule et Michka va devoir quitter son logement pour aller, non pas en maison de retraite, ce lieu qui incluait le mot rassurant de « maison » mais en Ehpad, cinq lettres qui annoncent, par leur sécheresse, la fin de tout. Il faut alors apprendre à vivre ailleurs que chez soi, dans cette pièce où l’on surveille tout, où l’on fait tout pour vous, vous sécurisant, vous protégeant. Vous retirant la possibilité d’être « vibre…. vous comprenez », libre en fait. Pourtant Micha ne peut partir ainsi. Elle a contracté une dette, enfant, envers deux personnes, qui l’ont hébergé et sauvé pendant la guerre, un couple à qui elle a envie de dire « merci », comme une manière de dire merci à la vie une dernière fois.

Heureusement, elle n’est pas seule Michka, pas totalement, pas vraiment. Il y a Marie cette jeune femme, délaissée par sa mère et dont Michka s’est souvent occupée. Il y a Jérôme, l’orthophoniste, qui essaie de retarder la perte des mots, la perte de la vie. Retarder la mort, ce lieu de silence.

Ces trois là, à leur manière, pratiquent la gratitude, comme les acteurs de l’ouvrage précédent de Delphine de Vigan, pratiquaient la loyauté. Sans pathos, en utilisant parfaitement les difficultés d’élocution de Michka, pour donner de nouveaux sens à des conversations parfois surréalistes, même drôles, l’auteure établit un portrait poignant et réaliste de la condition humaine. Savoir aimer est beau et nécessaire. Savoir le dire est aussi indispensable.
Les dialogues sont brefs, simples, mais le réalisme n’est jamais loin, celui d’une réalité économique, matérielle qui fait de cette dernière partie de la vie un problème sociétal où prédomine le souci de maintenir les battements cardiaques le plus longtemps possible, mais pas les battements du coeur.

« Vieillir, c'est apprendre à perdre » écrit Delphine de Vigan mais lire ce superbe roman c’est gagner un peu, beaucoup, passionnément de tendresse. Et de gratitude. Merci Delphine de Vigan.

Eric Rubert.