La librairie vous accueille du mardi au samedi de 9h à 12h30 et de 14h à 19h
27 rue Franche, 71000 Mâcon - 03 85 38 85 27 - cadran.lunaire@wanadoo.fr

sandrine57

Lectrice compulsive d'une quarantaine d'années, mère au foyer.

Pain, éducation, liberté
30 janvier 2020

31 décembre 2013. La jeunesse athénienne fête dans l'allégresse le passage à 2014 et le retour de...la drachme ! En effet, épuisée par la crise et les injonctions de la Troïka, la Grèce n'a eu d'autre choix que de se retirer de la zone euro et de revenir à son ancienne monnaie.
Chez les Charitos, on s'attend à des temps difficile et on se serre les coudes. Comme tous les fonctionnaires du pays, le commissaire Charitos va être privé de salaire pendant au moins trois mois et sa femme Adriani, économe, débrouillarde et solidaire, a décidé d'ouvrir sa table à la famille et aux amis. Bon an, mal an, leur fille Katerina continue son travail d'avocate et vient d'être commise d'office pour défendre un étudiant pris en flagrant délit de trafic de drogue. Intriguée par le profil de son client, elle demande à son père de faire une enquête discrète sur l'affaire. Et si le commissaire ne croit pas à la culpabilité du jeune Kyriakos, il est perturbé quand, incroyable coïncidence, il est chargé d'enquêter sur la mort de son père, l'entrepreneur en BTP, Yerassimos Demertzis. Ce premier assassinat est suivi de deux autres, celui d'un professeur de droit et celui d'un syndicaliste. Tous trois étaient polytechniciens et tous trois avaient dans la poche un portable délivrant le même message : Pain, éducation et liberté. Ces meurtres trouveraient donc une explication dans le passé grec, à l'époque où les étudiants de Polytechnique se soulevèrent contre la dictature des colonels en scandant ce slogan, repris aujourd'hui par le meurtrier.

Pour le troisième tome de sa Trilogie de la crise, Petros Markaris se lance dans un roman de politique-fiction où la Grèce, incapable de se relever de la crise, serait sortie de la zone euro pour la plus grande joie de ceux qui en avaient assez d'être dirigés par Bruxelles.
Mais cela ne se fait pas sans heurts ! Dans une ambiance de fin de guerre, Athènes est la proie de groupuscules d'extrême-droite bien décidés à chasser les migrants, les étrangers, les sans-papiers et autres voleurs d'un travail qui n'existe plus. L'économie tourne au ralenti, les gouvernements se succèdent et imposent dévaluations de la monnaie, suspension des salaires des fonctionnaires, diminution des retraites. Mais au milieu du chaos, certains ne baissent pas les bras et ont entrepris d'aider les plus démunis, par exemple en relogeant SDF et retraités pauvres dans des hôtels réquisitionnés ou en créant une radio pour diffuser des offres d'emplois et lancer des messages d'espoir.
A pieds, en bus ou en voiture de police, le commissaire Charitos qui a laissé sa voiture personnelle au poste pour économiser le carburant, mène une enquête sur trois meurtres liés par la personnalité des victimes. Les trois homme étaient des héros de la révolte de l'école polytechnique qui en 1973 sonna le glas de la dictature des colonels. Mais loin des idéaux de leur jeunesse, ils s'étaient depuis hissés aux plus hauts postes et avaient sacrifié sur l'autel du capitalisme les valeurs qu'ils défendaient alors. Leur a-t-on fait payer leur trahison ? En s'enrichissant ont-ils ruiné le pays ?
Petros Markaris propose encore une fois son analyse de la crise grecque et va cette fois encore plus loin en imaginant un "grexit" lourd de conséquences mais aussi porteur d'espoir... Peut-être une voie à suivre...

Le Bureau des jardins et des étangs
28 janvier 2020

Empire du Japon, XIIè siècle.
C'est un long voyage que s'apprête à entreprendre Miyuki. Pour une jeune femme qui n'a jamais quitté son village, la route vers Heiankyô peut sembler périlleuse, mais elle est prête à tout pour livrer les carpes promises par son mari au Bureau des jardins et des étangs. Car elle est seule désormais, depuis que Katsuro s'est noyé dans la Kusagawa. Le meilleur pêcheur du village n'est plus et sa veuve se fait un devoir d'honorer la commande de l'empereur. Semé d'embûches, son périple se fera pourtant dans la joie de parcourir les paysages et les chemins découverts avant elle par Katsuro, avec pour seule préoccupation de maintenir en vie les derniers poissons qu'il a pêchés. D'ailleurs l'esprit de son défunt mari l'accompagne partout où elle va. Miyuki peut sentir sa présence, sa protection, ses encouragements, ses caresses.

Roman historique qui nous transporte dans le Japon impérial du XIIè siècle, mais aussi roman d'amour, sensuel et poétique, et encore roman d'aventures qui raconte le difficile et lent voyage d'une femme portée par la fidélité à un homme et à la parole donnée, et aussi roman spirituel où l'on rencontre les esprits des défunts ou ceux des eaux, capables d'avaler l'âme des humains...Le bureau des jardins et des étangs est tout cela à la fois, et plus encore, c'est également le parcours initiatique de la jeune Miyuki, veuve trop tôt, et qui n'a jamais quitté son village que par les histoires de son défunt mari, une ode aux cinq sens où l'on entend chaque bruissement de la forêt, où l'on sent la délicatesse des parfums ou la puanteur de l'eau saumâtre, où l'on goûte la pulpe d'un kaki trop mûr, où l'on ressent la douceur des soieries, où l'on peut entrevoir un esprit et voir la beauté d'une femme cachée sous des haillons.
Un roman élégant, sensuel, délicat, presque un conte, à l'écriture ciselée, recherchée, d'une beauté toute japonaise. Une pépite.

Sherlock - épisode 01, Une étude en rose
26 janvier 2020

Désargenté, blessé physiquement et psychologiquement, le docteur Watson revient de la guerre en Afghanistan dans un piteux état. Quand par hasard il rencontre un ancien ami de la fac de médecine, celui-ci lui offre une opportunité de revenir vivre à Londres sans se ruiner. Pourquoi ne pas partager un logement avec une de ses connaissances ? Lorsque Watson rencontre son futur colocataire, il est estomaqué par le personnage. Après quelques minutes en sa présence, l'homme est capable de lui dire qu'il rentre de la guerre, qu'il est suivi par une thérapeute et d'autres choses qu'il croyait secrète et cachée. Sherlock Holmes, puisqu'il s'agit de lui, n'est pas facile à vivre, pas spécialement sympathique, plutôt arrogant et sûr de lui. Mais il a aussi des qualités hors du commun, des facultés intellectuelles exceptionnelles et un sens de la déduction qu'il a élevé au rang de science. Très vite, Watson se rend compte qu'il est en présence d'un génie et que la police londonienne pense comme lui. Confrontés à une série de suicides qui pourraient bien cacher des meurtres, Scotland Yard fait appel à Sherlock pour résoudre cette mystérieuse affaire.

Un copier/coller de la série anglaise où Benedict Cumberbatch incarne magistralement un Sherlock moderne transposé au XXIè siècle.
Ceux qui n'ont pas vu la série vont découvrir un scénario original, inspiré d'Une étude en rouge, mais sans la partie mormone, avec un rythme effréné, des rebondissements et une présentation des principaux personnages.
Quant aux fans de la BBC, ils ne seront pas surpris tant le manga est fidèle à la série. Le mangaka a particulièrement soigné Sherlock, fidèle portrait de Cumberbatch, un peu moins Watson et pas du tout Mycroft.
Rien de particulier à signaler, l'objet semble plus commercial qu'original mais les fans inconditionnels y trouveront leur bonheur.

La pension de la via Saffi

Varesi, Valerio

Points

7,50
25 janvier 2020

Le brouillard qui emprisonne la ville sous sa chape n'empêche pas la course frénétique des habitants de Parme qui préparent les fêtes de Noël. Il n'a pas non plus été un frein pour celui ou celle qui a assassiné la vieille Ghitta Tagliavini, propriétaire d'une pension de la via Saffi. En se rendant sur les lieux du crime, le commissaire Soneri sait qu'il va faire un bond dans son passé. C'est dans cette pension que vivait sa défunte femme Ada, aux temps heureux où il l'a connue. Mais il ne sait pas qu'il va aller de surprise en surprise avant de mettre la main sur le meurtrier. La Tagliav.ini n'était pas seulement le témoin bienveillant de ses amours naissantes. Sous ses airs de paysannes, elle cachait bien des secrets. Et Ada n'était peut-être pas non plus la femme irréprochable qu'il pleure encore des années après sa mort en couches. Quand le policier la voit souriant à un autre homme sur une vieille photographie, son monde s'écroule et ses certitudes avec lui. Il se lance donc dans une double enquête : mettre la main sur l'assassin de Ghitta et trouver l'identité de l'homme dont sa femme semblait si amoureuse.

Après nous avoir promené sur les rives humides du Pô dans Le fleuve des brumes, Valerio Varesi nous emmène cette fois dans les ruelles du vieux Parme. Dans ce quartier qu'il a un peu délaissé et qu'il ne reconnaît plus, Soneri se confronte à son propre passé mais aussi à celui de l'une ville qui a connu ses heures de contestation contre le pouvoir en place. De rouges et les fascistes s'y sont livré une guerre sans merci avec son lot de dénonciations, de trahisons, d'assassinats politiques. Si les jeunes exaltés se sont calmés avec le temps, ceux qui ont combattu sont toujours là, plus vieux, plus établis, plus riches. Et Ghitta la logeuse les connaissait tous, et avec eux leurs petits secrets. De là à penser qu'elle les faisait chanter ou qu'elle participait à leurs nouveaux jeux d'argent et de pouvoir...
Soneri, plus mélancolique que jamais, s'enfonce dans le brouillard de Parme, pour un polar d'atmosphère comme on les aime. L'enquête tortueuse et le rythme lent s'accordent à merveille avec la personnalité de ce flic ténébreux qui ne s'anime que devant un bon plat de tripes servi dans sa taverne préférée. Un bonheur de lecture.

JE SUIS NEE DANS UN VILLAGE COMMUNAUTAIRE

Takada Kaya

Rue de l'échiquier

19,90
23 janvier 2020

C'étaient les années 70. Les jeunes rêvaient d'un autre monde, d'une société différente, plus proche de la nature, plus solidaire, moins matérialiste. C'est ainsi que les parents de Kaya Takada, alors jeunes étudiants, se sont rencontrés au sein d'un village communautaire dans la campagne japonaise. La jeune femme y est née et y a vécu jusqu'à ses dix-huit ans, l'âge du choix pour les petits villageois. C'est cette expérience douloureuse qu'elle entreprend de raconter à son mari et de mettre en images afin de partager une histoire pour le moins atypique.
Les Villageois ( à ne pas confondre avec les villageois ''ordinaires'') vivent en autarcie sur de grandes exploitations agricoles dispersées dans tout le Japon et présentes même à travers le monde. Si les adultes ont choisi ce nouveau mode de vie où l'argent n'a pas cours, où la propriété privée n'existe pas, où tout est mis en commun pour le bien de tous, les enfants nés sur place subissent plutôt un système quasiment totalitaire qui se rapproche plus d'une dictature ou d'une secte que d'une charmante communauté hippie peace and love. Complètement séparés de leurs parents qu'ils n'ont le droit de voir que deux ou trois fois par an, ils grandissant sous la coupe d'''éducateurs'' qui les battent, les affament et les font travailler dur dès le plus jeune âge. Le petit-déjeuner étant réservé aux adultes, ils partent pour l'école le ventre vide, non sans avoir accompli les tâches qui leur incombent (travaux des champs, soins aux animaux, ménages, etc). Tout enfant un peu récalcitrant est isolé du groupe, enfermé seul pour réfléchir, souvent sans sa ''faute'' ne lui soit expliquée.
Si en grandissant, les conditions s'améliorent un peu, les adultes ne sont pas mieux lotis. Certes ils mangent à leur faim, mais ne décident de rien, ni de leur lieu de résidence, ni de leur partenaire amoureux. Isolés, conditionnés, lobotomisés, les Villageois sont les prisonniers consentants d'un système qui, au fil du temps, a perverti ses valeurs pur devenir une vaste secte où l'individu est soumis ou chassé.

Se construire dans un tel environnement n'a pas été chose aisée pour la petite Kaya, enfant rebelle selon le Village, alors qu'elle était simplement une enfant normale, pleine de doutes et d'interrogations. Mais malgré les injustices, la bêtise crasse et la méchanceté de ses éducateurs, elle a su préserver sa propre personnalité. Elle en garde toutefois quelques séquelles : quand on a connu la faim, on se s'en remet jamais.
Si elle livre ici un témoignage empreint de naïveté où les pires horreurs sont racontées comme si tout était normal, elle met la contradiction dans la bouche de son mari. C'est lui qui glisse les critiques, qui appuie là où ça fait mal pour la confronter aux abus de la communauté. Sans doute sait-elle déjà que son enfance ressemblait à un enfer mais peut-être a-t-elle développé une forme d'attachement à ce qui fut quand même sa vie durant dix-huit ans. Entre prise de conscience et loyauté, Kaya Takada a fait un formidable travail d'introspection, de mémoire et d'explication.
Un roman graphique passionnant qui pêche cependant par son manque de rythme et les innombrables répétitions.