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Annesophie B.

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chroniqueuse littéraire à temps complet.

Le Mal-épris
18,50
5 février 2021

Puissant et délicat.

Quatre heures. Seulement quatre petites heures.
C’est le temps qu’il m’a fallu pour découvrir et dévorer Le Mal-Épris, de Bénédicte Soymier.
Impossible à lâcher, j’ai seulement concédé deux petites pauses de quelques minutes à mon cerveau fasciné.

Ce début d’année 2021 nous offre décidément de nombreux premiers romans d’une profondeur, d’une élégance et d’une grâce folles.
Et celui-ci en fait clairement partie.

Paul est laid. Paul souffre.
Paul aimerait tellement être autre.
Paul a subi. Paul a enduré.
Paul aimerait tant avoir été autre.
Vraiment ?
À partir de quand la souffrance passée devient-elle un passe-droit pour les blessures à venir ?

Paul s’explique. S’exprime.
Mais pas trop.
Paul s’accuse. S’excuse.
Mais pas longtemps.
Paul reproduit-il ?
LA fameuse question. Celle qui permettrait de comprendre, de compatir, de pardonner.
Sauf que non. Ça, c’est trop simple, trop réducteur.
Trop facile.
Il n’y a pas de fatalité, seulement des choix.
Et Paul fait les mauvais, encore et encore. En toute conscience.

Paul est une victime, mais Paul est un bourreau.
La première n’excuse pas le second.
Jamais.

Bénédicte Soymier trace cette histoire d’une plume phénoménale.
Précise. Concise. Parfois à l’extrême.
Et c’est parfait ainsi.
Pas de détails superflus, pas de digressions inutiles.
Droit aux faits. Droit au cœur.
Elle nous raconte une histoire terrifiante et banale, qui nous heurte et nous révulse.
Nous alerte et nous questionne.
Elle vise la tête, le ventre et l’âme.
Et fait mouche à chaque fois.

Paul, Mylène, Angélique, Émilie.
Incorrigiblement humains, désespérément faillibles, ils sont multiples, bons ou mauvais, forts ou faibles.
Acteurs ou témoins.
Victimes ou bourreaux.

Ce roman dissèque, transmet, et explique. Mais il n’excuse pas. Rien.
Jamais.
On en ressort essoufflé, fourbu, sonné.
Par l’histoire et le style.
L’une est tragique et l’autre, sublime.
Par le ton et par le rythme.
L’un tranchant, l’autre, hypnotique.

Est-ce qu’il faut le lire ? Oui, cent fois oui.
Et aussi le faire lire. Partout. Par tous.

Le Coeur à l'échafaud
5 février 2021

Et si c'était demain ?

Le Cœur à l’échafaud est un roman qui nous entraîne dans une France très actuelle, et pourtant difficile à reconnaître.
Quasi identique et cependant radicalement différente.

L’histoire commence le premier jour du procès aux Assises de Paris de Walid Z., accusé du viol de sa future belle-mère, Claire.
S’il est reconnu coupable, il risque 15 and de réclusion. Ou la peine de mort.
Par décapitation.

Sans savoir précisément en quelle année se déroule l’intrigue, les différentes informations récoltées au fil des pages nous apprennent qu’elle se déroule dans un futur proche.
Il y a quelques années, une épidémie a frappé le monde.
Face à elle, de nombreux pays, dont la France, ont dû mettre en place plusieurs confinements.
L’économie s’est effondrée.
La tension a grimpé.
Le vivre-ensemble a explosé.
L’extrême-droite est passée et la peine de mort a été rétablie.

Emmanuel Flesch nous plonge dans ces trois jours dans un procès hors-norme, devenu courant dans ce monde-là.
Sa plume est habile, l’intrigue prenante.
Le message, lui, sera celui que vous avez envie de déchiffrer.
Les motifs, réactions, cheminements, sont exposés, au lecteur d’en tirer ses conclusions.
Et personnellement j’ai trouvé cette façon de faire très saine.

À travers les histoires de Blaise, Juliette, Héloïse, Walid, François et Amira, c’est notre société qui défile.
Les paris loupés, les occasions manquées, les colères bâillonnées et les injustices répétées.
Des deux côtés.

C’est un roman qui pousse à réfléchir. Évidemment.
Forcément.
Pour ou contre la peine capitale, nous avons tous notre opinion.
Qu’on la cache ou qu’un l’exprime, elle est là.

Mais quelle que soit notre opinion profonde, quelle réaction aurions-nous si la sentence dépendait de nous ?
Entre vouloir punir et pouvoir punir, la différence est grande.
Surtout quand cette sentence ne s’applique que pour une partie de la population.

Là encore, l’auteur ne se pose pas en juge, ni en bourreau.
Il explique, expose, développe les ressentis de ses personnages, sans essayer à toute force nous faire en apprécier un plus que l’autre.

Un roman qui dérange, tourmente, bouscule, sans intention de nuire.
À lire, sans conteste !

Ta main sur ma bouche
5 février 2021

Rendez-vous manqué.

Il arrive parfois que la rencontre entre un roman et son lecteur tourne court. Que ça ne marche tout simplement pas entre ces deux-là...
C’est précisément ce qu’il m’est arrivé avec Ta Main sur ma Bouche.

Je l’attendais pourtant avec impatience. Le synopsis, la couverture et, bien évidemment, le sujet, tout m’attirait chez lui.
Je lui voyais déjà des qualités innombrables, une tournure originale, une histoire inoubliable...
D’ailleurs je pense qu’une partie problème est venue de là : je l’avais par avance placé tellement haut qu’il aurait été difficile de satisfaire mon attente, quel que soit le livre en question.

Les deux autres soucis que j’ai rencontrés sont :
- mon absence complète d’implication personnelle dans le récit.
Les échanges de dialogues me semblaient parfois froids et d’autres fois d’une « modernité » presque exagérée.
Quant aux protagonistes, je n’ai absolument pas réussi à entrer en empathie (ni en quoi que ce soit) avec eux.
Ça arrive, bien sûr, mais sur une intrigue portant sur le phénomène MeToo, je n’avais pour ma part jamais encore jamais ressenti un détachement semblable.
- Mon incapacité à cerner l’atmosphère du roman.
Les scènes défilaient et je ne les visualisais pas. Aucune ambiance ne s’en dégageait (à MES yeux, soyons bien clair là-dessus), et je n’en ressentais donc pas les sentiments.

J’ai bien évidemment été lire les autres avis après avoir terminé ma lecture, et ils sont dans l’ensemble très bons, je pense donc que c’est vraiment par rapport à moi, et à mon état d’esprit du moment, que revient la faute de désunion complète entre mon ressenti et le roman.

Je vous invite à vous faire votre propre opinion, car quoi qu’il en soit le sujet est plus qu’important et tous les textes s’en emparant sont donc intéressants à connaître et à faire connaître.
Parce que les mots posés sur ce fléau ne doivent jamais s’arrêter de faire du bruit, quel que soit le moyen de les faire entendre !
Et parce que ce roman sort du commun, indéniablement.

Une gifle
17,90
5 février 2021

Profondément humain.

Une Gifle est l’autopsie de la violence et de ses séquelles, pratiquée par une Marie Simon à la plume aussi incisive qu’un scalpel.

Où commence la violence ?
Dans le premier geste, la première gifle, le premier bleu que l’on cache.
Mais aussi dans le premier mot, la première injure, le premier cri. Le premier silence, aussi, parfois.
Qu’elle soit geste ou parole, le résultat est le même : une blessure.
Durable. Palpable.
Indélébile.
Quand elle se renouvelle, s’immisce dans le quotidien, fait partie intégrante de la (dé)construction de la victime, qu’est-ce que celle-ci peut bien en faire, une fois adulte ?

Antoine grandit noyé dans une violence psychologique qui le balade de silences assourdissants en insultes venimeuses.
Il se veut différent, forcément meilleur.
Elle, elle pousse dans la violence physique. Arrosée de coups, nourrie de meurtrissures.
Elle ne veut plus de ça, jamais, pour personne.

Les premiers moments de leur vie d’adulte seront brouillons, brouillés, imparfaits mais révélateurs.
Quand survient la rencontre de ces deux survivants c’est comme une évidence.
Ils ne se disent pas mais se savent identiques dans le souvenir de la douleur.
Ensemble ils se sentent enfin entiers. Reconnus. Aimés.

Antoine et son fils, Oscar, elle et son fils, Mio.
Ils sont quatre, dans ce foyer que chacun espère carré, et qui, pourtant, ne tourne pas tout à fait rond.
Parce que la violence laisse des traces. Que l’on suit, ou que l’on rejette, jour après jour.
C’est une question de volonté, diront certains.
C’est une question de fatalité, répondront d’autres.
Finalement, qu’en sera-t-il ?

Il nous donne sa version.
Elle nous donne la sienne.
Et Mio aussi tentera de mettre des mots sur tout ça.
Sur ce qu’il comprend et sur ce qu’il ressent. Sur ce qu’il voudrait. Pour lui. Pour sa mère. Surtout pour sa mère.

Une Gifle est un roman qui prend à la gorge. Qui bouscule et qui dérange, parce que vrai.
Colère et chagrin se disputent le lecteur, tout du long.
Une Gifle est une histoire qui prend aux tripes. Qui révulse et qui fascine, parce que réelle.
Empathie et rage agrippent le spectateur, jusqu’à la dernière page.

Un roman à découvrir, absolument et urgemment !

La première faute
5 février 2021

Du très bon contemporain.

Un roman qui se lit d’une traite et qui pousse à la réflexion.
Avec « La Première Faute », Madeleine Meteyer nous offre une histoire qui nous touche tous un peu, pour plusieurs raisons et à divers degrés.

Comment savoir si l’autre personne est la bonne ? Comment être certain de ne pas se tromper ?
La première réponse qui nous vient est : il n’y a aucun moyen de le savoir à l’avance. Sinon il n’y aurait pas tant de divorces chaque jour.
Pourtant certains détails sont lisibles, dès le départ.
Mais pour les déchiffrer, encore il faut-il avoir envie de les voir.

Valentine, elle, a décidé de se voiler la face. Ce sera François, et personne d’autre.
Non pas seulement par amour, mais parce qu’il lui « convient ». Avec lui, elle pense obtenir la vie dont elle rêve.

Les contraires s’attirent, c’est certain. Toutefois, si des avis divergents peuvent pimenter une vie de couple, des personnalités totalement opposées et des visions de la vie foncièrement contradictoires sont, elles, comme des masses de plomb qui éteindront fatalement tout sentiment.

Valentine est bruyante, tapageuse, colérique et profondément attachée aux valeurs traditionnelles.
François, lui, est calme, réfléchi, silencieux et totalement ouvert aux changements.
Idéalistes, chacun à sa façon, ils pensent que leurs différences se complèteront.

De petites compromissions en grandes déceptions, les années filent, et les enfants arrivent.
L’occasion de resserrer les liens ?
L’opportunité de mettre les différentes forces en commun pour parvenir à devenir LA famille idéale ?
Dans l’idée, peut-être, dans les faits ce sera tout le contraire.

Ce roman hurle les non-dits, éclaire les zones d’ombre et souligne les aspérités d’une vie que chacun souhaitait lisse.
Il aspire à la paix et la tranquillité sous son toit, elle rêve d’une vie mouvementée et d’éclats constants.
Valentine s’étiole et François ne voit rien. Ou ne veut pas voir.
Et pendant ce temps, les difficultés, les échecs, les mensonges et les silences, eux, s’accumulent.
Alors, à la fin, que restera-t-il ?

L’auteure nous livre ici un pur roman de vie, aussi intéressant qu’émouvant, servi par une plume très habile.
Un titre à découvrir.