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Jean T.

https://lecturesdereves.wordpress.com/

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Albin Michel

par (Libraire)
31 juillet 2022

Le roman commence par le récit de l’apparition de la Vierge à Catherine Labouré, dans la chapelle de la rue du Bac, à Paris, en 1830.
Bien plus tard, sur l’île de Batz, une religieuse en attend une autre arrivant de la maison-mère parisienne. Elle l’espère "ni bégueule ni bécasse". Sœur Anne s’est portée volontaire pour vivre sur cette île après avoir entendu une sœur lui susurrer "la Sainte Vierge apparaîtra en Bretagne".

L’île est présentée comme un endroit rude, sauvage, soumis aux tempêtes, et les îliens comme des gens fiers de leur insularité, d’abord îliens avant d’être bretons et français. Dans cette terre bretonne riche de légendes, de mythologies, où la religion est très présente dans les églises, les calvaires, les pratiques, attendre un miracle n’est pas totalement inconcevable.
Dans cette île, un homme est profondément croyant, Michel Bourdieu, presqu’intégriste, dogmatique et intransigeant sur les questions religieuses. Son fils, Hugo, est un adolescent timide, peu liant, qui s’est détourné de la religion pour la science et l’astronomie. Un esprit rationnel. Il est l’ami d’Isaac qui a perdu sa mère et vit loin de tout, avec son père qui mène une vie de marginal. "Un garçon pas très équilibré" selon Michel Bourdieu.
C’est justement Isaac qui marchant en bord de mer, s’arrête sur un promontoire rocheux, stupéfait, tétanisé. Plus tard, il dira "Je vois". Sœur Anne, jalouse de son privilège, comprendra "Je vois la Vierge". Des îliens comprendront qu’il a l’esprit dérangé. D’autres accompagneront Isaac au promontoire des cierges à la main. Pour quelques-uns, puisque "on cherche toujours ce qui compose à 95 % l’univers" et que "La science a aussi ses mystères", pourquoi ne pas croire Isaac ? Mais comme dit le prêtre de l’île, "j’espère que le garçon dit faux […] il n’a jamais été bon d’être voyant".
Pendant ce temps, la terre tremble à Plouguernau et une tempête s’annonce. Sur l’île, la tension monte entre ceux qui croient et ceux qui ne croient pas...
Contrairement à ce que pourrait laisser croire le début du roman, ce n’est pas un roman religieux. Victoria Mas s’intéresse au caractère sociologique d’une apparition , au fait que les voyants sont souvent des enfants pauvres, marginaux ou vivant loin de la modernité, à ce que provoque une apparition dans l’entourage du voyant. Le roman se déroule dans une île du nord de la Bretagne où les tempêtes peuvent être dantesques, ce qui ouvre la voie à un besoin d’assurance et au merveilleux. L’apparition ébranle la solidarité îlienne, divisant la population, affolant le voyant et ses proches. .
Victoria Mas nous offre de belles descriptions de la nature, des paysages, du caractère îlien, de la sauvagerie de la mer. Ce roman singulier et bien écrit est rationnel sans évacuer la question du mystère. Son dénouement est puissamment dramatique.
À lire de préférence hors des périodes de grandes marées !

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