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Clara

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Une lectrice sans prétention, amoureuse de la vie qui habite au bout du monde (ou presque). Et un blog pour parler lectures : http://claraetlesmots.blogspot.fr

Nouvelles à chute, (COMMENTE PAR MATTHIEU GAMARD)

(commente par matthieu gamard)

Magnard

1 novembre 2009

Pépites et trésors !

Un petit livre qui ne paie pas de mine et qui de surcroit se présente sous la forme d’une des lectures imposées par la prof de français :
-Ce trimestre nous allons étudier tel courant littéraire ou tel auteur, je vous demanderai donc de lire …

La pauvre prof n’avait pas le temps de terminer sa phrase qu’un soupir général, proche du bâillement à se décrocher la mémoire, prenait le relais, montrant ô combien, l’enthousiasme pour les lectures obligatoires. Elle poursuivait son cours pour transmettre son enthousiasme à nous ses élèves qui ressemblions à un croisement douteux d’invertébrés et de concentrés d’hormones acnéiques.
Eh oui, pour la bande de futurs bacs scientifiques que nous étions, les cours de français puis de philo n’avaient pas grand intérêt…

A l’énonciation de la phrase fatidique « vous devez lire untel ou tel livre», nous nous avachissions un peu plus en décrétant que ça ne pouvait qu’être nul vu que c’était la prof qui l’avait choisi. Ah, la bêtise de l’adolescence…

« Nouvelles à chutes » aurait pu s’intituler « pépites et trésors » car ces nouvelles sont formidables et superbement écrites. J’ai retrouvé ce que j’aime depuis toujours dans les nouvelles : cet art subtil qui réside à amener le lecteur rapidement dans un lieu, de le plonger dans une tranche de vie puis à l’étonner, à le surprendre par le fin mot de l’histoire. Et pour le lecteur, les différentes possibilités de les aborder, de les lire : se demander, le cœur battant d’impatience, comment sera la chute ou d’attendre sagement pour apprécier d’avantage le final.

Une nouvelle est un bateau sur lequel j’embarque et où je me se laisse guider les yeux fermés par l’auteur. Aux dernières lignes, je souris, je m’amuse de n’avoir pas soupçonné la chute, ou alors je suis complètement estomaquée, sonnée comme le boxeur qui reçoit un dernier crochet et s’écroule sur le ring.

Entassés sous Camus et Sartre, coincés entre Molière et Ionesco, j’ai retrouvé « Bel Ami » et « Une Vie »de Maupassant. Les pages ont bien jaunies depuis la classe troisième ou de seconde mais quel plaisir de les relire avec un œil nouveau.

Des bleus à l'âme
25 octobre 2009

A LIRE DE TOUTE URGENCE !

Françoise Sagan : un nom sulfureux qui provoqué bien des remous, des indignations et des controverses. Toujours, Françoise Sagan et sa réputation de flambeuse, d’oiseau de nuit rongé par l’alcool. Sa vie n’a pas été celle d’une sainte et alors ? Elle a mené sa vie comme au volant d’une voiture de sport, à toute allure, en se fichant bien de l’avis des autres. Une vraie épicurienne attachante et libre.

Dans « des bleus à l’âme », elle nous montre combien elle aimait sa vie et l’écriture. Françoise Sagan, et son ton impertinent, gai qui peut être léger ou tranchant.

Elle reprend deux de ses principaux personnages, les met en scène dans ce Paris clinquant et fêtard. Puis quelques lignes plus tard, elle les abandonne pour parler d’elle, la vraie Françoise Sagan à multiples facettes : mante-religieuse blessée par ses amours, femme de son temps n’ayant pas peur de dénoncer les travers de la France, la femme qui se servait volontiers de sa frange comme une armure ou comme un paravent pour rire.

Cerise sur le gâteau, elle est partie à sa façon : une dernière pirouette, un petit diable joueur au fond des prunelles, et en faisant un joli pied de nez.

Dans ce livre, elle s’amuse encore, polissonne bien élevée d’une éternelle jeunesse, jouant avec les mots …. Que du plaisir ! Une lecture que je conseille fortement aux esprits dont les bonnes mœurs sont bridées, carcan et œillères obligent…

Fille noire, fille blanche
21 octobre 2009

La face cachée d'une autre Amérique

Amérique, Etat de Pennsylvanie en 1974 : Genna, la fille blanche, va partager sa chambre d’étudiante sur un campus avec Minette, la fille noire. Bien plus que leur couleur de peau, c’est leur éducation, leur histoire qui les sépare. Genna est la fille d’un avocat anti-Nixon, anti-guerre du Vietnam, le mot liberté en porte-drapeau et d’une mère au cerveau embrumé par toutes les drogues des années 60 qu’elle a pu avaler. Un père qui est toujours absent, toujours parti pour une défendre une bonne cause quelconque et une mère hippie, Genna ne peut que devenir que l’amie de Minette comme si c’était l’ordre des choses.

En effet, elles auraient pu devenir les meilleures amies au monde comme Genna le souhaitait. Mais Minette au caractère bien trempé, fille d’un pasteur, ne veut pas de cette amitié qu’elle considère comme de la compassion. Un tempérament fort, une foi profonde et une famille unie : Minette possède ce que Genna n’a pas.

A cause de sa couleur de peau, Minette, la tête haute, va subir des vexations, des humiliations viles et ignobles au grand’ jour ou orchestrées sournoisement. Et, Genna comme obnubilée par ce refus de son amitié, va assister impuissante aux évènements qui se trament en coulisses.

Un roman agréable à lire sur cette Amérique peu glorieuse, celle de la chute de Nixon, du contrôle du libéralisme et du racisme.

Quelque chose en lui de Bartleby
14 octobre 2009

BEAU ET MERVEILLEUX ..

Ce matin, à peine sortie de ma chambre (et donc de mon lit), Marie s’approche vers moi, un sourire malicieux aux lèvres et me dit :
-Maman, j’ai une faveur à te demander.

Tiens, une faveur et non un service. Que voilà un joli mot qui donne envie de répondre par l’affirmative. Non, non… Je connais mes filles : cet air innocent pour quémander, l’expression doucereuse pour m’attendrir. Elles savent user de flagorneries et de subterfuges pour des demandes de dernière minute. Tant que je n’ai pas bu mon café, je ne veux rien entendre alors je ne vais pas me laisser prendre au piège.

-Une faveur ?... Bon, Tu attends que je prenne mon café.
-Mais, je n’ai pas le temps, je pars à l’école… Tu veux ma repasser ma tunique s’il te plaît? Allez, maman…

Nul besoin d’ouvrir la bouche, mes yeux ont parlé pour moi. Pour me rasséréner, je fais un demi-tour : direction ma chambre. Et, je prends « Quelque chose en lui de Bartleby » pour le plaisir de lire une ou deux pages, pour retrouver la beauté des mots. Bartleby ? Une nouvelle méthode de relaxation, de zen attitude ? Non, non.

Bien mieux que toutes les techniques de détente, ce livre est un hymne à la beauté de l’instant présent, à l’alchimie de tous ces moments du quotidien.

Avec Arnold, je me suis promenée dans Paris en plein été croquant des scènes de sa vie de tous les jours. D’ineffables suavités qui m’ont apporté cette félicité, ce bien-être sans égal.

Arnold nous plonge avec grâce et délicatesse dans ce plaisir de cueillir, de contempler les petits moments aussi futile soient-il et d’imaginer.

Arnold qui un jour va créer son blog pour partager tous ses instants. Par n’importe quel blog. Le blog, par définition, que je rêvais de faire. Mais, je ne suis pas Philippe Delerm, hélas,…
Parce qu’écrire avec ce style, cette façon d’apporter de la poésie, de décrire des scènes du quotidien, et bien, le petit scarabée que je suis, aimerait savoir faire comme le grand maître.

MON GRAS ET MOI
10 octobre 2009

PAS QU'UNE BD

Cette après-midi, Gally était présente chez Dialogues pour des dédicaces. Après avoir passé la matinée à comater au fond de mon lit à cause de mes foutues douleurs, je me suis quand même levée pour y aller. C’était l’occasion pour moi de voir en « vrai » une auteure et de pouvoir discuter avec elle. Ah, pour parler, j’ai parlé ! Et pas qu’un peu. Pfouuu, j’aurais mieux fait de rester chez moi plutôt que d’aller lui raconter mes blablas débiles et tout ça pour me donner de la contenance, pour paraître à l’aise alors que j’étais très impressionnée. Ou alors est ce le manque de nicotine ou alors mes aérosols de cortisone ? Pas la peine que je me cherche des excuses bidon, j’ai été nulle…

Gally s’est gentiment proposée de me dessiner, et moi, pendant tout ce temps, je lui ai déblatéré ma vie. Mais, n’importe quoi ! On devrait me bâillonner, m’empêcher de l’ouvrir certaines fois. Je ne sais pas ce qui m’a pris, enfin plutôt pourquoi je me suis épanchée comme une gourde :

- Vous m’avez réconcilié avec la BD… Oh, j’adore votre blog …. Hihiiiii (rire de nervosité), … moi aussi (j’ai un blog tais-toi !)…. Alors je vais vous raconter …hahhhh (pouffements dignes d’une grue)…. Blabla… et puis à 30 ans, la maladie qui m’est tombée dessus… Oh, vous dessinez trop bien…. hihiiiiiii (rires de nervosité, encore)….. les gens et leurs remarques débiles (mais là c’est toi l’imbécile !) …. Je suis hyper-sensible. Pour vous dire, je pleure dès que j’entends l’été indien de Joe Dassin, (non, là c’est être neuneu)…

Elle m’écoutait, trempant son pinceau fin dans sa palette d’aquarelles. Sous son regard, je rougissais, j’ai dû carrément virer au rouge écarlate. Elle peignait, distillant avec précision des petites touches de bleu, de jaune ou de marron.

La Gally que je ne connaissais qu’à travers son blog s’est révélée une jeune femme encore plus sensible que je le croyais, marquée par le regard des autres et leurs conneries.
J’ai beaucoup rigolé mais certaines planches m’ont renvoyé ma propre image. L’image de la Clara d’avant : celle qui avait peur des remarques, celle qui pleurait quelquefois de rage et se culpabilisait. Comme Gally, maintenant, je m’assume (du moins, j’essaie… ) et j’ai enfin décidé de vivre, de m’accepter comme je suis.
« Mon gras et moi » est un plaidoyer pour la tolérance, une leçon de vie formidable.
Merci Gally !