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Un certain regard
12 octobre 2010

Ces petits carnets sont à découvrir

Ce livre est l’un des 8 carnets publiés à L'Herne parmi la liste ci-après :

La petite robe noire (Carnets)
Bonjour New York (Carnets)
Maisons louées (Carnets)
Au cinéma (Carnets)
Le régal des chacals (Carnets)
De très bons livres (Carnets)
Album Sagan (Carnets)

Ces petits carnets, sont comme un dialogue avec l’auteur, qui donne son avis sur tel ou tel sujet.

Pour “un certain regard” nous abordons les thèmes plus en rapport avec l’auteur même, sa vie, ses goûts mais aussi des thèmes plus généraux ou plus sensibles comme le bonheur, l’amour, la politique, voici la liste :

La légende Sagan
De l’enfance à l’âge adulte
Bonjour Tristesse
L’accident
L’argent
L’écriture
Le théâtre et le cinéma
Les autres
La politique
Goûts et aversions
L’amour
Dieu et la mort
Le bonheur
C’est un moment agréable d’écouter plus que de lire, les propos de Françoise Sagan, j’ai particulièrement bien aimé sa franchise sans tabous sur les sujets délicats, sur sa vie personnelle, j’ai découvert au fil de ma lecture, une femme particulière, fragile même si elle veut paraître forte, une femme en perpétuelle mouvement qui aime le changement, une mère qui a du renoncer à ses extrêmes pour son fils.

J’ai beaucoup aimé ses propos même si nous avons un point de vue différent sur le sujet, elle l’argumente si simplement et naturellement qu’elle parvient à nous convaincre.

Elle dévoile ses débuts, la jeune fille pleine de vie qu’elle était quand elle a publié son premier roman “bonjour tristesse”, on découvre son milieu familial, et des anecdotes qui m’ont fait sourire : Page 44 : – quand j’ai dit chez moi que j’étais écrivain, ma mère a répondu :”tu ferais mieux d’être à l’heure pour le dîner et d’aller te peigner”, et mon père a éclaté de rire.

La partie qui m’a plus captivée est bien sûr celle de l’écriture, tout comme elle, je n’aime pas que les auteurs décrivent les personnages en détail : page 94 “ de même, je n’aime pas les décrire physiquement : il faut qu’ils puissent se dessiner dans l’imagination du lecteur”. Je la rejoins sur bien des points pour cette remarque et d’autres, en tant que lecteur, j’aime deviner les personnages, même les lieux, me faire mon propre film, et c’est bien pour ça que je n’aime pas voir un film avant d’avoir lu le livre quand il y a une adaptation, quel intérêt de lire un livre si il n’y a plus aucune imagination, ni découverte, ni intrigue puisque le film nous a tout dévoilé et même imposé les personnages, les images…

Et la conversation se suit avec plaisir sur l’écriture, sur Proust, sur les romans, des remarques intéressantes qui s’ouvrent vers des réflexions plus profondes.

Page 95 : “D’ailleurs, écrire un roman c’est faire un mensonge ; par exemple, A la recherche du temps perdu, que j’admire par-dessus tout, c’est le livre d’un menteur complet. Tout est changé, transformé. C’est une des plus belles oeuvres, et des plus vraies, justement parce que Proust avait accepté à fond ce mensonge perpétuel… Le jour où l’équilibre s’établira entre ce qu’il est et ce qu’il dit, l’écrivain n’écrira plus. L’écrivain est un menteur forcené, un imaginatif, un mythomane, un fou, il ‘nya a pas d’écrivains équilibrés.”

C’est le regard d’une auteure, sur des sujets qu’elle est à même d’avancer, ce regard par Françoise Sagan, est particulier mais pas dénué de bon sens. A la question : – avez- vous une définition de la littérature ? elle répond ceci :

- Pour moi, la littérature c’est une folie d’inventer des personnages qu’on connaît mieux que ses propres parents, qui sont vos amis.Tout ce qui est délibérément écrit pour “faire moderne” me fait tomber d’ennui.

La partie “les autres” est intéressante également ce regard porté sur les autres, je la rejoins encore notamment sur cette absurdité de la vie : page 177 “ Mais la vie de la plupart est terrifiante. On les prend à la gorge, on les oblige à travailler du matin au soir, ils ont une télévision idiote, ils ne sont jamais seuls, ils sont piégés par d’autres qui leur courent après. Ils n’ont pas un moment ce ce qu’on appelle le bon temps, le bon vieux temps qui passe, seconde après seconde et qu’on peut voir passer. La majorité ne connaîtra de la vie et du temps qu’un cirque aveugle et affolé.”

Beaucoup de réflexions qui pourraient faire dresser les cheveux sur la tête de certains, mais au fond, elle soulève sans pudeur la misère de la condition humaine sans omettre de se dire sans honte privilégiée, elle se positionne toujours en tant que telle, une chanceuse d’avoir eu la famille qu’elle a, d’avoir eu la chance de faire le métier qu’elle aime, d’avoir eu beaucoup d’argent, tout cela elle ne le nie pas et le dit clairement, mais elle voit aussi très bien ceux qui n’ont pas cette chance. Jamais, elle dénigre la bassesse d’une masse de population, non au contraire, mais dit justement ce qu’elle constate avec ses mots, son regard…

Elle résume tout à fait sans faire de grands discours, et on ne pourrait pas aller contre sa réflexion qui est parfaitement et malheureusement vérifiable au quotidien : page 132 : Les vrais problèmes sont très simples et tout le monde les connaît : la mort, la maladie, la pauvreté, la fatigue, l’ennui, la tristesse, la solitude…

Un peu plus loin, il est question de temps, ce sujet revient souvent dans ses propos : à la question –qu’est ce que vous reprochez à la société ? elle répond :

- la société vole le temps. La seule chose que chacun possède pour en faire ce qu’il veut. La société s’en moque, elle n’a aucun respect pour les individus. Tout se passe comme si chacun sacrifiait dix ou quinze années de sa vie sur l’autel de l’économie. Sans parler des années de vieillesse, plus ou moins sordides. Il y a un vice quelque part. Regardez la télévision : c’est une calamité. Elle donne aux gens l’illusion de communier entre eux, d’avoir une vie de famille dans la mesure où ils sont quatre à regarder la même chose sur le même écran, au même moment. C’est absurde. “

[…] les gens vivent dans la solitude et la fatigue.

Elle nous fait le tableau le plus vrai et le plus sombre de notre société actuelle. Elle y va même très fort mais si parfois les gens se posaient aussi la bonne question au lieu de tourner dans le même sens que ceux qui nous imposent leur rythme infernal et leur soumission faussement déguisée en esclavage. Page 140 : “On prend les gens pour des crétins : on leur propose –quand on la leur propose- une augmentation de leurs biens matériels, et on oublie qu’ils ont aussi besoin de rêver. L’écriture peut les y aider, c’est même son principal rôle. “

C’est un petit carnet truffé de réflexions argumentées et souvent avec des exemples à l’appui, j’ai apprécié l’écoute de cette conversation avec le regard de Françoise Sagan qui n’avait pas peur de dire tout haut ce que beaucoup disent tout bas.

Une très belle découverte ces petits carnets imprimés en bleu (ça j’ai apprécié !) j’ai bien l’intention d’en lire d’autres, comme “de très bons livres” ; je me réjouis d’avance à découvrir son avis sur ce débat : qu’est qu’un bon livre plus encore un très bon livre ?”

Le format carnet est parfait pour le glisser dans un sac, dans un poche, je suis tombée sous le charme de ces petites confidences et conversations intéressantes.

Le sang visible du vitrier
12 octobre 2010

Une poésie à découvrir

Il est toujours délicat de parler de poésie, tellement cette lecture reste une sensation et une émotion personnelles plus qu’un avis de lecteur.

« Nous ne sommes pas de cette rue
ne sommes pas de ce village
sommes pas de ce pays
pas de ce monde »

Dans les mots de James Noël tout se reflète et se fait écho, résonnent les blessures de son île, chante la sensuelle mélopée de l’amour.

Des textes en forme libre, empreints d’une force magistrale, nous emportant sur les hauts des vagues, puis dans l’apaisement de la passion, nous échouons comme enivrés d’un chant venu d’une culture colorée, chaude et sonore.

La spirale poétique tour à tour nous interroge et nous surprend agréablement, dans cette envie de lire à haute voix ces poèmes pour mieux entendre l’écho de l’auteur.

Tout à l’image du vitrier, il joue avec la fragilité et la transparence des mots pour mieux nous offrir la pureté et la clarté d’un instant poétique brodé sur la frange d’une mélodieuse sensibilité.

La brisure se ressent, le tranchant du verre nous effleure, et pointe alors la blessure profonde jaillissant au cœur du texte. Le sang coule dans les ravines d’un vécu, dans l’extrême douceur, l’auteur fait part d’un talent sans pareil à nous partager une certaine impuissance à nous épargner cette écorchure à vif, il y jette des vérités mais avec la délicatesse du poète en exergue : les rues/ces piétons de ma vie/que me circulent de travers/pierres et poussières m’ont lapidé/statue de sel en poudre fine/je suis le corps mort sur l’asphalte/ce fantasme de ma terre rebelle/ma terre de sang/dru maquillage/qui fait la une aux abattoirs.

sur l’autre face de la vitre se mire la chaleur humaine, le chant sensuel de la passion, l’appel de l’amour dans un rêve sans fin : Le soleil que m’inventent tes seins/m’éclaire en pays de rêve d’allumettes/souffre qu’à la lune je colle une aile/pour maintenir juste équilibre/et que je pose une lampe/ chaude confidence/dans un fond caché de la mer.

Il se livre à nu, sans pudeur ni honte, transparence d’une envie de crier au monde entier ce besoin de partager ses maux : Mes maux je vous les livres/jetez les livres puisqu’il ne s’agit pas d’écorce d’encre/ni de sèves bleues de poète d’îles/écartelées/mes maux/je vous les livre/prenez-les au vol/nus/comme des oiseaux sans plume/pour signer un temps/à tire-d’ailes/la lune a froid aux yeux/voilà que je vous parle sans maudire/la tempête cérébrale qui pense la mort/sous le vent/les tremblements de terre/sommant cette terre de ne pas trembler/sous la foulée des ombres folles/voilà que je vous parle/sans maudire/ ma terre sur pilotis/avec du sang dans son parterre/terre ligotée.

C’est une poésie bouillonnante et franche, de coeur, de sang et de chair, de douleur et fatalité, d’amour et de passion, de blessures et de larmes, une poésie qui nous chavire et nous bouscule, nous étreint dans les bras d’un amer constat, nous sourit pourtant et nous caresse plus encore, un poète à la plume acérée glissant sur les courbes ondulantes de la vie. Un véritable chant qui se poursuit dans notre souvenir, un petit recueil à ouvrir souvent, à partager, à lire, à chanter.

Plage
12 octobre 2010

Belle lecture sous les cieux bretons

Avec son écriture tout en douceur, Marie Sizun nous peint le portrait d’une femme qui s’est toujours sentie à part, seule, solitaire, pourtant elle croit à cette rencontre heureuse, et cette échappée le temps des retrouvailles; c’est lors de cette attente qu’elle revisite son passé, faisant le parallèle avec les escapades de son père et le chagrin de sa mère. Cette mère dont elle ne parvient pas à comprendre ni à apprécier.

Au fil des jours qui passent, on ressent les doutes qui alourdissent ses journées, comme une chape de plomb venant terrasser sa douleur. Elle se raccroche à son téléphone espérant un mot, sa voix si peu qui la laisserait espérer la continuité de cette histoire dissimulée avec cet homme marié qui comme son propre père doit se cacher de sa femme pour vivre sa passion du moment. Il faut bien le comprendre, ce genre de types ne sachant lâcher le confort pour ne pas dire une certaine conformité pour vivre à 100 % avec ce nouvel amour sont tous identiques : des égoïstes, des lâches. Elle le comprendra sans doute un peu tard, qu’elle n’était qu’une fleur à butiner pour un oiseau de passage ! C’est bien connu l’oiseau migrateur retourne toujours à son ancien nid !

Dans cette solitude, Anne, brosse le portrait des gens sur la plage, elle se lie sur le tard avec une femme qui étrangement connait son amant, une drôle de coïncidence certes quasi impensable que sur un bout de plage désert, justement la seule femme divorcée connaisse son amant habitant à Paris… C’est le seul petit point faible que j’ai ressenti dans cette histoire. Par ailleurs, le récit suit admirablement les états d’âme d’Anne, on rage pour elle, on aimerait lui ouvrir les yeux, mais l’amour rend aveugle, sourd et complètement ailleurs. Cette mauvaise histoire aura par contre permis à Anne de cheminer vers des sentiments meilleurs envers sa mère. Comme on peut la comprendre.

Un roman prenant, avec une écriture légère et fluide, un bon moment de lecture

J’apprécie avant tout la plume de Marie Sizun :

Page 35 : “ Moi, je te regardais dans cette lumière étrange de ciel pluvieux, cette lumière changeante, surprenante, je regardais ton visage, tes cheveux gris, et je ne songeais pas à te prendre le livre des mains. Je me souviens de cet instant de silence. Très long. Incroyablement long. Et puis il y a eu ta question sur mon prénom. C’est comme ça que notre histoire a commencé, dans cette lumière de pluie dansant entre clair et obscur, cette lumière qui arrivait comme un sourire et disparaissait comme une caresse. Un petit moment de grâce, je crois. “

L’histoire se passant en Bretagne je me suis délectée des descriptions, des ambiances surtout si particulières à cette région que j’aime : page 205 “Le soir, à dix heures, en Bretagne, non seulement il fait jour,mais le soleil étend obliquement de longs rayons dorés qui ont l’air éternels : on croirait que la nuit va oublier de tomber.

D'où je suis je vois la lune
4 septembre 2010

Touchant !

Une histoire tout en brut, une pauvre môme flanquée sur le bitume avec un chiot, qui est vendeuse de sourires, qui croit à son premier amour et y tient, mais comme sa bonne étoile ne daigne pas briller, elle finit par perdre aussi son chéri, lui reste plus que les mots pour lui faire oublier qu’elle n’ a rien, qu’elle est presque plus personne.

L’histoire s’enchaîne naturellement, avec le style particulier de Maud Lethielleux, bien que ce titre ne soit pas la suite de Dis oui Ninon, on ne peut que faire un rapprochement avec Fred, la petite, alors si cet opus serait l’avant Ninon ? du moins un écho d’un vécu…

J’ai adoré le personnage de Slam, il m’ a même tiré des larmes à la page 119 : “ Je l’ai jamais vu comme ça, on dirait un type qui vient d’être innocenté après s’être pris perpète. Tu savais quoi ? je dis. Et là, je sais pas ce qui lui prend, il me serre dans ses bras, il me soulève et je touche plus terre, il me fait tourner comme si j’étais une môme, un peu plus et on ferait l’avion au milieu de la place Saint-Mich. Contre ma capuche, sa bouche me dit tout bas avec une voix très douce et toute pleine d’espoir : Moon, on va te sortir de là. “

Ce passage semble innocent et ne justifie en rien une telle émotion, seulement il faut avoir lu les 118 autres pages pour comprendre l’ampleur de ce geste, cette fenêtre enfin qui vient de s’ouvrir sur l’espérance de voir la lumière au bout de ce tunnel. Slam a osé briser les barreaux derrière lesquels Moon s’était isolée de “son plein gré” si on peut dire cela comme ça, choisit-on son destin à cet âge ? Parfois on ne choisit pas, on subit les conséquences des autres sans scrupules.

Cette main tendue vers un avenir loin du bitume, c’était sans doute une façon à Slam de lui prouver qu’elle valait bien mieux que tous les SDF rassemblés. Malgré qu’elle se savait comme le dit elle-même : “les préposés de la galère perpétuelle, les bénévoles du bitume, la misère en bandoulière” elle espérait vivre autre chose ailleurs reconstruire un semblant de vie avec son Fidji… à leur façon. Pas tout à fait prête à mettre les pieds dans les étriers de la société bien rangée, pourtant elle apprécie la tendresse et l’attention de Slam avec sa tronche de cake , même si ses longues jambes sont laides, et que ses chaussettes roulées en boule et puantes au fond du lit ce n’est pas trop glamour, Slam, il ne dit rien, mais il a un coeur aussi gros que la lune, Slam mine de rien, il en a dans sa tête des idées, celles qui sauveront Moon d’un avenir sans issue … je vous laisse découvrir Slam et ses gambettes, Moon et Comète, Fidji un brin désopilant, Jeannine, Michou et Suzie, Boule et la suite…

Un petit roman sans grande phrase bureaucratique, comme le dit si bien Moon, mais un grand roman chargé d’espérance, d’humanisme, de réalité, et de vérité pas toujours bonne à dire, mais parfois ça fait du bien de mettre à la lumière la face cachée de notre société… avec des mots simples qui respirent l’authenticité comme sait si bien le faire Maud.

La solitude lumineuse
4 septembre 2010

Lecture lumineuse

Pablo Neruda, j’aime sa poésie, sa plume, et ouvrir ce petit livre fut une fois encore un merveilleux voyage, une agréable lecture. J’ai retrouvé tout son charme chaleureux à nous conter ces passages de sa vie, sa solitude en terre étrangère, une certaine routine lassante à n’être qu’un fonctionnaire présent pour tamponner des caisses de thé en partance vers le Chili (quand on y pense, un si grand poète guinder dans la peau d’un fonctionnaire, il y a de quoi se morfondre dans cette solitude !) .

Ce récit permet de soulever le voile sur ce passage de sa vie, on y apprend des faits sur sa poésie, ses amours, il fait partager son émerveillement à se plonger au cœur d’une autre culture, d’autres mœurs, d’autres valeurs.

Page 19 : “Durant des heures, sous ces arbres qui ne me menaçaient plus, j’assistai aux merveilleuses danses rituelles d’une noble et antique culture et j’écoutai jusqu'au lever du soleil la délicieuse musique qui envahissait le chemin.

Le poète n’a rien à craindre du peuple. La vie, me sembla-t-il, me faisait une remarque et me donnait à jamais une leçon : la leçon de l’honneur caché, de la fraternité que nous ne connaissons pas, de la beauté qui fleurit dans l’obscurité.”

Il dévoile le colonialisme tel qu’il l’a vécu à cette époque et il nous livre son ressenti, lui qui n’avait aucune honte de se mêler au peuple, on lui fit remarquer cette inconvenance : Page 33 “ Leur boycottage me rendit heureux. Ces Européens pleins de préjugés n’étaient pas très intéressants à mon goût et puis je n’étais pas venu en Orient pour vivre avec des colonisateurs de passage mais avec les héritiers de ce monde ancien, avec cette grande et infortunée famille humaine. J’entrai si avant dans l’âme et dans la vie de cette dernière que je m’épris d’une native. “

Le livre se découpe donc en petites anecdotes de ces séjours en terre Indienne.

J’ai apprécié les courts récits, ses confidences en filigrane, ses rapports avec les livres, les mots, on y apprend un fait sur le mari de Virginia Woolf et un passage avec Proust et la sonate de Vinteuil : page 56 “ Je voulus voir dans la phrase musicale le récit magique de Proust et empruntai les ailes de la musique ou fut enlevé par elles. La phrase s’enveloppe dans la gravité de l’ombre t se fait plus rauque pour aggraver et amplifier son agonie. Elle semble construire son angoisse à la manière d’une structure gothique, que les volutes répètent portées par le rythme qui élève sans interruption la même flèche.

L’élément né de la douleur cherche une issue triomphante qui ne renie pas dans l’essor son origine bouleversée par la tristesse. […] L’intimité obscure du piano provoque de temps à autre l’éclosion serpentine, jusqu’au moment où l’amour et la douleur s’enlacent pour la victoire agonisante.”

Ces passages se savourent doucement, à lire et relire, c’est un petit livre succulent et chaleureux… la solitude a ici éclairé une part d’ombre de cet auteur talentueux… pour notre plus grand bonheur.

Son attachement pour sa mangouste me fit plaisir également, se préoccupant de son sort lors de son départ vers une autre contrée, il a dépensé une “fortune” pour emmener sa mangouste sous bonne protection Page 63 : “ Je décidais alors que Brampy, mon boy cingalais, m’accompagnerait. C’était une dépense de millionnaire et aussi une folie car nous allions vers des pays _ Malaisie, Indonésie _ dont Brampy ignorait totalement la langue. Mais la mangouste pourrait voyager incognito dans le capharnaüm du pont, dissimulée dans un panier. Brampy la connaissait aussi bien que moi. Restait la douane, mais l’astucieux Brampy se chargerait de l’abuser. Et c’est ainsi, avec tristesse, joie et mangouste, que nous quittâmes l’île de Ceylan pour voyager vers un autre monde inconnu. “

Plaisir de lire de tels récits qui nous font voyager aux couleurs chatoyantes des îles et autres contrées de l’Inde, et double voyage par le plaisir de lire cet auteur qui sait nous emporter par la magie de ses mots et de sa poésie…