La librairie vous accueille du mardi au samedi de 10h à 12h30 et de 14h à 19h
27 rue Franche, 71000 Mâcon - 03 85 38 85 27 - cadran.lunaire@wanadoo.fr
 

Gwenaëlle

http://skriban.wordpress.com/

Tombée dans les livres dès l'enfance, je suis aujourd'hui toujours passionnée par l'écrit. Ecrivain public, j'aide les autres à mettre en forme leurs idées. Blogueuse, je partage mes coups de cœur littéraires. Maman, je lis des histoires à mes enfants... Vous pouvez me retrouver surSKRIBAN

29 mars 2011

Sayara Kurahashi est une jeune femme que la maternité a plongée dans un trouble profond : elle maltraite sa petite fille de trois ans et craint même de la tuer un jour… Pour comprendre son comportement, elle aimerait savoir ce qu’elle a vécu dans l’enfance, quelle petite fille elle a été, mais voilà : elle n’a aucun souvenir de ses premières années. A la mort de son père, elle entre en possession d’une clé et d’un plan. Curieuse de savoir à quoi ces deux objets correspondent, elle fait appel à un amour (et ami) de jeunesse, le narrateur. Ensemble, ils vont suivre le chemin indiqué sur le plan et trouver une maison, perdue au fond des bois. Une maison qui n’a, apparement, pas été habitée depuis longtemps et dans laquelle ils trouvent des souvenirs, notamment le journal intime d’un petit garçon. L’ambiance de la maison est étrange et au fur et à mesure de leurs découvertes, les pièces d’un puzzle glaçant se mettent en place. Bientôt, Sayara retrouve quelques bribes de souvenirs et est alors persuadée qu’elle est venue, enfant, dans cette maison…

Voilà un roman noir, captivant de bout en bout. Il n’y a pas de meurtres sanglants, ni de serial killer, pourtant… Simplement deux jeunes gens, dans une maison lugubre, à la recherche d’indices qui pourraient les mener à la vérité. Une vérité à laquelle ils parviendront, à force de ténacité et de déductions habiles. Une vérité sombre et dérangeante…

Un roman qui se lit quasiment d’une traite et pour lequel on est tenté de se relever la nuit (oui, je l’avoue…).

29 mars 2011

Finlande. Années 2000. Lors d’une foire aux livres à laquelle l’a traînée sa fille aînée Héléna, Salme Malmikunnas rencontre un écrivain qui lui propose de lui donner de l’argent en échange du récit de sa vie. La vieille femme accepte – non sans avoir négocié à la hausse – de confier « sa » vérité à l’auteur. Elle lui raconte, en vrac, son passé de mercière, les relations difficiles avec son mari mutique, le malheur qui s’est abattu sur Héléna, le mariage de sa cadette avec un africain et les succès professionnels de son fils…

Dans cet échange – qu’on pourrait qualifier de dupes car Salme ne dit que ce qu’elle veut et l’écrivain utilise cette matière à sa guise – c’est un portrait au vitriol de notre monde occidental et de la Finlande actuelle qui est dressé. La part de l’homme… Quelle est-elle quand le néo-libéralisme écrase tout sur son passage? Quand la machine à faire du fric broie des vies pour faire encore plus d’argent? Quand d’honnêtes gens se retrouvent au chômage sans raison, condamnés à aller de supermarché en supermarché, pour profiter des dégustations gratuites? Quand les frères et sœurs d’une même famille vivent isolés les uns des autres, sans curiosité, sans affection, sans entraide?

L’auteur aborde parfois de manière très abrupte et directe les maux de notre société. D’abord à travers Salme qui vend littéralement sa vie. Combien vaut une vie? Là est toute la question… Ensuite, par le biais de Kimmo, emblème de la « réussite sociale » mais qui erre, dévasté et impuissant depuis qu’il a tellement d’argent qu’il n’a plus besoin de rien faire. Enfin, à travers Sini, emblème de ces enfants littéralement « écrasés » par un système qui ne suit que ses propres lois…

J’ai retrouvé dans l’écriture de Kari Hotakainen une certaine parenté avec celle d’Arto Paasilinna : une manière sèche et sans fioritures de décrire le monde et ses travers. Une écriture sans illusions sur l’humain mais qui ménage malgré tout un peu d’espoir à la fin. Un roman sombre et déroutant mais qui atteint parfaitement son but : dénoncer avec force une société qui dévore ses propres enfants. A mettre en parallèle avec le livre de Thierry Beinstingel – Retour aux mots sauvages : deux manières très différentes d’aborder un même problème.

roman

Buchet-Chastel

29 mars 2011

Alex est en première année de fac. Très vite, il prend conscience que sa bourse d’études ne lui permettra pas de joindre les deux bouts et il décide de faire du baby-sitting. Il est loin de se douter que cette décision – et ce petit boulot en apparence inoffensif – vont considérablement bouleverser sa vie. Car garder les enfants de couples inconnus, c’est aussi faire intrusion, sans le vouloir, dans leur vie, leur maison, leurs relations, leurs problèmes et risquer de faire entrer de grands courants d’air dans leur univers bien réglé… En réalité, Alex n’a pas vraiment choisi ce job par hasard. Il aime aller vers les autres. C’est instinctif, il n’y peut rien…

Mine de rien, ce roman aborde cet âge indécis, entre la fin de l’adolescence et le début de l’âge adulte. Une période où l’on veut s’amuser et en profiter mais où l’on fait aussi connaissance avec les premières vraies responsabilités et les devoirs – ceux qui vont avec les droits. On sent que l’auteur a mis de lui-même entre les lignes. Peut-être à cause de cette tendresse que l’on ressent pour Alex et de cet attachement que lui éprouve pour les gens qu’il dépanne le temps d’une soirée et souvent plus… Jean-Philippe Blondel dit bien les tiraillements, les doutes, les impulsions suivies et aussitôt regrettées. C’est un roman sensible que j’aurais bien aimé faire durer plus longtemps…

roman

Buchet-Chastel

29 mars 2011

G 229, c’est l’histoire d’un homme qui rêvait, dans sa jeunesse, de voyager, d’aller apprendre le français aux petits Equatoriens. Par le jeu des affectations, il s’est en fait retrouvé dans la salle G229 d’un lycée de province. Il a choisi d’y rester dix, vingt ans et il y apprend encore l’anglais à des générations de petits français fâchés avec les langues… Roman ou plutôt récit, G 229, c’est du concentré d’expérience de prof, la vie dans cette fameuse salle avec, au menu, des découvertes, des fous-rires, des chagrins. La vie, un peu à part – parce qu’il est prof, justement – d’un homme comme les autres, peut-être plus sensible. Jean Philippe Blondel parle de son métier sans détours. Un métier qu’il aime, dans lequel il met du cœur, qui lui réserve de beaux moments d’émotion mais qui érode aussi inlassablement ses rêves, rentrée après rentrée, comme une succession de marées…

Il y a beaucoup d’humanité et de vécu dans cette salle. J’ai tourné les pages, été émue, amusée. Ça m’a rappelé quelques lointains souvenirs, les mots de certains de mes amis qui sont profs aussi (je les compte et il y en a pas mal, en fait… ). Mais c’est plus qu’un livre sur la vie de prof ou la condition enseignante car c’est une hisoire dans lequel le temps, le temps qui passe, tient un grand rôle. Il rejoint Le baby-sitter par certains aspects : les choix qu’on fait ou pas, les rêves qu’on garde au fond de soi sans jamais les réaliser, la succession de périodes de la vie, qu’on a l’impression de vivre l’une après l’autre mais qui, vues de loin, forment un tout, pas forcément cohérent, mais un tout quand même : ce que l’on est.

Gallimard

29 mars 2011

Ce qui ne te tue pas te rend plus fort… Jay Porter ne serait sans doute pas d’accord avec cette affirmation. Avocat noir dans une justice dominée par les Blancs, il n’a pour gagner sa vie que de petites affaires minables à défendre et tous ses clients ont la même couleur de peau que lui. Sans doute rêvait-il de mieux, du temps où, étudiant, il s’était engagé dans la défense des droits civiques. Mais ce passé trouble est justement ce qui le gouverne et s’il ne l’a pas tué, il ne l’a pas non plus rendu plus fort. Au contraire, Jay Porter a peur : pour lui, pour sa femme, pour le bébé à venir et leur vie en général. Aussi, quand le soir de l’anniversaire de Bernadine, son épouse, il est témoin d’une fusillade et sauve une femme blanche de la noyade, il préfère ne rien dire aux autorités. Très tôt, il a compris que dans ce pays, quand on est noir, il vaut mieux la fermer…

Mais tout ne se passe pas exactement comme il l’avait prévu et bientôt, il se retrouve malgré lui, pris dans les engrenages d’une histoire qui le dépasse et touche aux plus hautes sphères du pouvoir…

Sur fond de grève des dockers, de revendications raciales et de crise du pétrole, Attica Locke écrit là une histoire bien ficelée qui captive le lecteur. Il n’y a rien à redire : c’est un bon polar, fidèle aux standards du genre et qui évoque une période assez peu exploitée de l’histoire des Etats-Unis. De plus, il est bien traduit, pour ce qui concerne sa version française. C’est assez rare pour être noté. Jay Porter est crédible en anti-héros apeuré, qui vit avec son passé comme un boulet au pied. Injustement accusé, il a fait de la prison et n’a qu’une trouille : y retourner. Cette peur mange tout en lui et l’auteur le montre bien. Il en oublie tout le reste : ses clients, sa femme, son avenir, ses rêves de justice et de liberté… Le passé, c’est l’ombre même de cet avocat qui semble être bloqué quelques années en arrière. Le lieu où peut-être il trouvera la force de dépasser ce qui l’a arrêté…

Malgré toutes ces qualités, je n’ai pas été totalement conquise par cette histoire. Je suis restée un peu en dehors. Le fait de faire reposer toute la personnalité de Jay sur un seul sentiment – la peur – est peut-être justifié mais cela prive aussi le personnage d’une dimension. C’est comme s’il n’avait qu’une facette… La fin, heureusement, en révèle une autre et bien plus lumineuse…Quant à l’intrigue, je l’ai trouvée inutilement compliquée… C’est donc un bilan mitigé : un certain plaisir assorti d’un couac de vilain petit canard…