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Gwenaëlle

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Tombée dans les livres dès l'enfance, je suis aujourd'hui toujours passionnée par l'écrit. Ecrivain public, j'aide les autres à mettre en forme leurs idées. Blogueuse, je partage mes coups de cœur littéraires. Maman, je lis des histoires à mes enfants... Vous pouvez me retrouver surSKRIBAN

16 avril 2011

Ruth et sa petite sœur Bethsabée vivent seules avec leur père, Martin Cassel. Leur mère, Marie-Eve, est morte quelques années auparavant. Et vingt ans plus tôt, c’est la sœur jumelle de leur mère – Eve-Marie – qui a été assassinée. Lourd héritage pour une seule famille… Parce que son père ne parle jamais du passé, Ruth cherche à en savoir plus par des moyens détournés. Elle met en ligne, sur le site perdu-de-vue.com la photo de classe de terminale où figurent sa mère, sa tante mais aussi son père.

Pour elle, au début, tout cela n’est qu’un jeu mais très vite la voilà prise dans un engrenage inquiétant. Son grand-père, qu’elle ne connait pas, est persuadé que c’est Martin qui a tué Eve-Marie. D’autres personnes, qui se manifestent, grâce à la photo de classe, parlent d’un Tueur à la cravate. Bientôt, c’est une ancienne camarade d’école de Martin et des sœurs qui disparait… et là, ça ne ressemble plus du tout à un jeu. Surtout pour la police car tout accuse Martin… Mais Ruth ne peut pas croire que son père soit un meurtrier…

Ce polar pour adolescents, publié par L’école des Loisirs aborde le thème très contemporain des réseaux sociaux et de leurs effets bénéfiques mais aussi pervers. Il traite également des relations familiales, les conflits entre générations, la difficulté à parler, à SE parler. Bien écrit, bien construit et crédible de bout en bout, il est idéal pour un après-midi pluie +thé ou bien transat + citronnade… Pour ceux que la démarche créatrice intéressent, Marie-Aude Murail a tenu, tout le temps de l’élaboration de ce polar, un journal qui est publié à la suite du roman. Il permet de comprendre comment une histoire s’élabore : les pistes, les influences, les moments de doute, les creux où l’on a l’impression de ne rien faire mais où la tête « travaille » malgré tout, les choix qu’il faut opérer… C’est extrêmement intéressant. Surtout quand, ensuite, on a le résultat sous les yeux!

16 avril 2011

La tête en friche, c’est un peu ce que ressent Germain. La bonne quarantaine, élevé par une mère qui n’avait pas la fibre maternelle, le cerveau laissé en jachère par un maître peu pédagogue, ce géant, qu’on pourrait vite classer dans la catégorie des crétins, vivote sans se poser de questions. Les circonstances de la vie ont fait le reste : Germain est analphabète et (presque) fier de l’être. Entre son potager et ses potes du bistrot, il a de quoi faire. Mais c’est compter sans Margueritte. Une vieille dame charmante et passionnée de littérature, qu’il croise un jour au parc. Avec stupéfaction, Germain s’aperçoit qu’elle aussi, elle compte les pigeons… C’est là le point de départ d’une étrange mais pourtant solide amitié qui va naître entre l’aïeule frêle et le géant mal dégrossi. Une amitié qui va mener Germain sur des chemins inattendus qui vont lui permettre de se réconcilier avec les mots et une partie de lui-même…

Non seulement La tête en friche est une belle histoire, pleine d’humour et d’humanité mais en plus, elle est remarquablement écrite. Certains objecteront sans doute que Germain, qui appelle un chat un chat et un con un con, ne fait pas toujours dans la dentelle ni dans le syntaxiquement correct. Mais justement, quelle prouesse de réussir à se glisser à ce point-là dans la tête d’un homme, un peu rustre mais bonne pâte, fâché avec les mots! De la bouche de Germain (et de la plume de Marie-Sabine Roger) jailissent non pas des fleurs ou des crapauds mais des tournures drôles et belles à la fois, des brèves de comptoir plus vraies que nature, cette sagesse populaire qui existe même sans être cultivée, des pépites de bon sens et une poésie loufoque et inattendue. Tout m’a plu dans cette histoire, jusqu’aux personnages secondaires, esquissés seulement pour certains, mais tellement crédibles! J’ai été enchantée par cette lecture.

16 avril 2011

Dans "Quand souffle le vent du nord", Emmi et Léo avaient fait connaissance par mails interposés. Peu à peu, un lien tendre et doux était né entre eux. Un lien qui n’avait pas été du goût du mari d’Emmi qui avait alors instamment prié Léo de coucher avec sa femme une fois, une seule et puis de déguerpir. Chevaleresque, Léo sans profiter de l’aubaine, s’était éclipsé… au grand désespoir d’Emmi.

Dans La septième vague, Léo est de retour de Boston. Emmi ne l’a pas oublié. Après quelques mails hilarants à l’administrateur du système, elle parvient enfin à entrer en contact avec lui. La donne a changé. A Boston, Léo a rencontré une certaine Pamela qu’il aime et avec qui il a l’intention de vivre. Cependant, Léo et Emmi reprennent leur conversation épitstolaire et envisagent même de se rencontrer. Mais peu à peu, le ton monte. Les malentendus et les non-dits sont trop nombreux et viennent perturber la communication entre eux. Ils ne peuvent pas se passer l’un de l’autre mais chaque échange devient plus grinçant jusqu’à la réconciliation, elle même suivie d’un nouveau grippage… Comme dans le premier tome, les rebondissements se succèdent et ne laissent pas au lecteur le temps de se lasser de ces échanges dont la forme peut sembler répétitive. D’ailleurs, le lecteur se sent de plus en plus impliqué dans l’histoire et il voudrait bien parfois intervenir entre ces deux têtes de mules pour les ramener à la raison et à l’évidence : ils s’aiment!

La quatrième de couverture parle d’amour courtois. Moi, je trouve qu’on est, plus que jamais, dans un marivaudage caustique et moderne. Comme les Sylvia et les Arlequin de Marivaux, les personnages de Daniel Glattauer s’aiment, ça crève les yeux du spectateur, mais aucun ne veut franchir le pas, ils s’aveuglent tour à tour, prétextent devoirs et obligations, tournent autour du pot, simulent et ne parviennent pour finir qu’à se faire du mal… Plus corrosif et touchant aux fondements même de l’amour, ce deuxième opus saura vous surprendre, vous faire grincer des dents et vous réjouir… Un bon moment de lecture, moins léger, plus ardent…

16 avril 2011

L’homme – Antoine, Abhra de son nom de naissance – apprend qu’il a un caillot fatal niché près du cœur. Un argument suffisant à ses yeux pour laisser derrière lui femme et enfant et aller voir la mer. Mais ce long voyage vers l’océan, que l’homme fait à pied, est aussi pour lui une manière de remonter le temps et de sonder son passé. Un passé très particulier : enfant indien adopté par un couple formé d’un frère et d’une sœur et élevé par une cuisinière et un sage-sorcier-rebouteux. Un passé marqué par les horreurs de camps qu’avaient subi ses parents adoptifs, par la mort et la fatalité. Par la nature aussi et les rencontres de hasard. D’ailleurs, des rencontres, l’homme en fait aussi en allant vers la côte. Des amours de vent, des amis de toujours peut-être, des questions à n’en plus finir. L’une d’elle s’avèrera vitale et aura le pouvoir de dénouer les sortilèges brodés par le passé…

Le thème est connu – tout quitter, changer de vie, retrouver ses racines… – mais ce n’est pas une énième variation sur le sujet que nous propose ici Fabienne Juhel. Dans une langue poétique, avec un immense talent de conteuse, l’auteure déroule une chanson légère et terrible qui prend littéralement le lecteur dans ses rêts. S’il faut un peu de temps pour entrer dans cette histoire particulière, il en faut aussi beaucoup pour en sortir…

Plus qu’une lecture, c’est une aventure et une expérience. Un moment magique. Une plongée en apnée dans une langue belle, riche, infiniment nuancée… Entre tous ces éléments, le dénominateur commun, c’est l’humanité, parfois cruelle mais aussi belle et profonde. Un livre à garder précieusement à son chevet pour y replonger sans jamais se lasser. Un de ces livres rares qui marquent durablement…

16 avril 2011

Lorsque le corps de Florian Vidal est retrouvé, atrocement brûlé, un pneu autour du cou, au bord d’une piscine, le commandant Sacha Duguin et son équipe sont mis sur l’affaire. Vidal, un avocat d’affaires parisien, était en effet l’homme de Richard Gratien, marchand d’armes et proche du pouvoir. Lola Jost, ex-commissaire à la retraite, ne devrait être aucunement concernée par l’affaire. Sauf que le mode opératoire du meurtrier ressemble furieusement à celui qui a tué l’un de ses hommes quelques années auparavant. Le lieutenant Kidjo est mort dans d’atroces souffrances, un pneu autour du cou et jamais personne n’a pu élucider ce meurtre barbare. Avertie de cette étrange coïncidence, l’ex-flic, aidée de son amie masseuse et strip-teaseuse Ingrid Diesel, va se remettre en selle, sans autorisation, n’hésitant pas à venir brouiller les pistes, sous le nez même de Duguin…

C’est au cœur même de ce que l’on appelle la Françafrique que nous plonge, sans ménagements, Dominique Sylvain avec ce nouveau roman policier. Si les personnages sont connus – on les a croisés notamment dans Passage du désir – l’intrigue, elle, est tout fraîche, coriace et bien documentée. Entre les hautes sphères du pouvoir qui craignent que certaines affaires juteuses et sensibles ne soient portées à la connaissance du public et mettent des bâtons dans les roues des enquêteurs, les juges qui voient là l’occasion de régler de vieux dossiers ou de se mettre sur le devant de la scène, les véreux, les corrompus de tous bords, les minables qui ont peur de ce qu’ils savent et les désaxés, le tableau est criant de vérité. Quant aux personnages, je les ai trouvés particulièrement réussis et crédibles – ce qui n’était pas le cas dans les deux précédentes histoires, mettant en scène Lola Jost, que j’avais lues.

Si vous voulez un polar bien noir et réaliste, qui vous plonge au cœur même d’un des problèmes de notre « beau » pays, un polar qui vous fera trépigner d’impatience jusqu’au coup de théâtre final, Guerre Sale est le livre qu’il vous faut!