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Gwenaëlle

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Tombée dans les livres dès l'enfance, je suis aujourd'hui toujours passionnée par l'écrit. Ecrivain public, j'aide les autres à mettre en forme leurs idées. Blogueuse, je partage mes coups de cœur littéraires. Maman, je lis des histoires à mes enfants... Vous pouvez me retrouver surSKRIBAN

11 mai 2010

Dans la famille Doinel, je voudrais la mère, instit en maternelle, débordée par ses fiches d'évaluation de compétences; le père, directeur d'une agence de transport en bonne voie de restructuration; la fille, adolescente un peu à part, amatrice de mangas; et enfin le fils, petit surdoué bien mignon mais sans amis. Ces quatre là, pris dans le tourbillon du quotidien ne trouvent pas toujours les mots pour se parler mais secrètement, et sans le savoir, ils partagent tous la même envie : tout lâcher pour aller vivre sous une yourte, au cœur de la nature... Parviendront-ils à réaliser leur rêve?

Marie-Aude Murail a écrit là une histoire qui m'a touchée et tenue en haleine toute la journée. Elle donne vie à ses personnages, par petites touches sensibles, les rendant de plus en plus attachants au fur et à mesure de la lecture. L'humour est omniprésent, mettant sa touche légère dans un récit qui ne l'est pas toujours... L'auteur excelle à nous parler de cette vie là, la mienne, la vôtre, simple et compliquée à la fois, faite d'amour et de malentendus, d'envies et de rêves inachevés, de drames parfois. Je ne vous en dis pas plus. Lisez-le, vous vous ferez plaisir!

roman

Éditions Gallmeister

10 mai 2010

Ce n’est pas tant l’intrigue, somme toute assez classique, qui fait l’interêt de ce livre mais ses personnages. Calhoun au premier chef, homme mystérieux, au passé imprécis, dont la mémoire s’est effacée à la suite d’un accident et qui veut refaire sa vie en accord avec ses désirs profonds. Stoney est un homme simple et il suffit de peu de choses pour qu’il se sente heureux : une rivière poissonneuse, la nature à portée de regard, une petite cabane en bois au confort sommaire, un bon chien et un peu d’amour. Kate, ensuite, celle qu’il aime, une jeune femme superbe mais non dénuée de contradictions, prise entre sa fidélité à son mari malade et son amour pour Stoney… Et le Maine, enfin, qui, à lui seul remplit ce livre d’images superbes d’une nature prodigue, entre forêts, lacs, rivières, mer et petites villes où tout le monde se connaît.

Dans ce tableau idyllique, un cadavre fait tache. Surtout s’il s’agit du meilleur ami de Stoney qui, dès lors, n’aura de cesse de trouver le coupable. C’est au cours de cette enquête impromptue que Calhoun découvre en lui des dons et des aptitudes qu’il ignorait. Et on dirait que le hasard s’acharne car en dépit des envies contemplatives de Calhoun, qui n’aspire qu’à observer les truites, une tasse de café à la main, dans l’aube naissante, une réalité inquiétante et sordide le rattrape, le forçant à réagir, à dévoiler des pans de sa personnalité, comme s’il ne pouvait échapper à l’homme qu’il a été…

6 mai 2010

L’intrigue de ce roman est simple. Une jeune femme, Abby, se promène sur une plage de San Francisco avec Emma, six ans et demi. La petite est la fille de Jake, l’amoureux d’Abby. Ce jour-là, il fait relativement froid, il y a du brouillard et très peu de promeneurs sur la plage. Emma veut gambader. Abby lui lâche la main et, durant quelques secondes seulement, voit son attention attirée par le cadavre d’un bébé phoque. Quand elle relève les yeux et cherche Emma du regard, l’enfant a disparu.
Ce roman est celui d’une quête. Celle de Jake bien sûr, mais surtout celle d’Abby qui se sent coupable de n’avoir pas suffisamment fait attention à Emma. Elle veut à tout prix réparer son inattention et pour cela, il n’y a qu’une solution : retrouver la petite. Commence alors pour elle et pour le père de l’enfant un véritable cauchemar où l’espoir le plus insensé le dispute au désespoir le plus noir. La disparition d’Emma creuse un vide immense entre eux. Leur amour se délite au fur et à mesure que les jours passent, sans apporter la moindre piste. Le temps se dilate, s’alourdit et chaque journée n’est consacrée qu’à la recherche l’enfant. Toute leur énergie se concentre sur ça : chercher inlassablement, mobiliser les bénévoles, quadriller chaque quartier de San Francisco, distribuer des affiches, trouver à tout prix des indices.
Abby n’en finit pas de fouiller sa mémoire, persuadée qu’elle détient la clé qui lui permettra de remonter la piste jusqu’à cette enfant qu’elle chérit plus que tout. Aidée par une voisine bibliothécaire qui lui fournit des livres afin de l’aider à orienter ses recherches, Abby finit par douter de ce qu’elle a vraiment vu, de ce dont elle se souvient. La mémoire est malléable, sensible et, comme sur les photos qu’Abby développe dans sa chambre noire, deux images peuvent très bien se superposer et pourtant donner l’impression de n’en former qu’une seule.
L’année brouillard évoque aussi l’amour maternel. Un amour qui n’est pas inné – puisque la propre mère d’Emma n’a jamais manifesté autre chose que de l’indifférence à l’égard de sa fille – mais plutôt construit, au fur et à mesure que la relation se développe. La disparition d’Emma fait prendre conscience à Abby qu’elle aime Emma comme sa propre fille, plus encore qu’elle n’aime Jake. Et comme reliée à l’enfant par un fil invisible, elle ne désespère jamais. Elle garde foi et reste persuadée que sa volonté, son opiniâtreté vont lui permettre de retrouver la petite.
Ce livre est assez long – un peu plus de cinq cents pages – et ce serait mentir que de dire qu’il n’y a pas, parfois, des longueurs, des répétitions. Mais cela contribue à donner cette impression de dilatation du temps, à évoquer le ressassement dans lequel se trouvent les personnages qui essaient de comprendre le « pourquoi », le « comment » sans jamais y parvenir. Le cauchemar traversé par Jake et Abby en devient presque tangible et on se réjouit, en tant que lecteur, de n’avoir pas besoin d’attendre une année entière pour découvrir le dénouement de cette histoire très prenante.

roman

Le Castor Astral

6 mai 2010

Il y a du Don Quichotte en Sylvain Vasseur, personnage central du Vertige des Auteurs… Comme l’hidalgo de la Manche, les mots (des lettres de réclamation qu’il écrit pour Air Hexagone) lui montent à la tête et il suffit du petit coup de pouce de son patron et d’une mise à la retraite anticipée pour qu’il se prenne pour un chevalier des lettres… A peine son pot de départ terminé, Sylvain Vasseur entre en écriture… Son acharnement à devenir un auteur, un vrai, un de ceux qu’on publie, va littéralement bouleverser sa vie.
Les premières pages sont trompeuses. Le lecteur ne peut, en effet, s’empêcher d’éprouver un peu de compassion pour cet homme, broyé par la restructuration, friand des égards que les puissants lui témoignent, naïf dans un monde sans pitié, qui croit qu’il suffit de vouloir pour pouvoir. Mais très vite, au fur et à mesure que Sylvain Vasseur ouvre les vannes de son égoïsme – négligeant sa femme, trahissant ses amis pour mieux se consacrer à sa future gloire – le lecteur reconsidère sa position et c’est avec une jubilation non-feinte qu’il suit l’aspirant écrivain dans ses aventures calamiteuses. N’ayant rien à dire et encore moins à écrire, le plumitif se jette à corps perdu dans le concept et invente l’histoire récursive… L’auto-fiction ne dit pas son nom. La belle Arlette se lasse. La photocopieuse tourne à plein régime. Sylvain est mûr pour toutes les compromissions…
Rien n’est épargné à cet anti-héros d’un genre nouveau. On rit de ce parcours du combattant, mâtiné de chemin de croix, tout en se demandant quelle est la part de vécu chez Georges Flipo, cet auteur facétieux qui sur-parfait son personnage pour mieux le détruire en vol…(seuls les initiés comprendront le double clin d’œil… digne du meilleur Sylvain Vasseur!). La description du monde de l’édition et de ceux qui aspirent à y entrer est sans pitié. Et il faut toute la douceur d’Arlette que ces bouleversements révèlent à elle-même pour compenser un peu le mordant du trait… A mettre entre les mains de ceux qui cachent un manuscrit dans leur tiroir et des autres (on ne sait jamais…).

6 mai 2010

Le jardin du Bossu ou l’histoire d’une immense manipulation…
Le narrateur, toujours à tirer le diable par la queue, est prié par sa fiancée Karine, de déguerpir et de ne revenir que quand ses poches seront pleines de billets. Justement, ce soir-là, au café du coin, il tombe sur un drôle de type, complètement saoul, qui prétend en avoir chez lui des liasses… Notre héros ne réfléchit pas trop. C’est un gars simple, avec des goûts simples, même s’il se pique parfois d’avoir sur le monde un regard éclairé. Il décide donc d’aller chez cet inconnu – puisqu’il est imbibé d’alcool, il ne devrait pas opposer trop de résistance – et de lui voler ses billets. Aussitôt dit, aussitôt fait. Le voilà cambrioleur d’une nuit mais rien ne se passe comme prévu… et bien vite, il comprend qu’il est tombé dans un piège.
Franz Bartelt a un style bien particulier. Il excelle à décrire ces gars un peu roublards, pas très futés mais capables de choses incroyables, ces minettes un tantinet vulgaires mais le cœur gros comme un coussin en velours. C’est rugueux et savoureux à la fois, comme un morceau de camembert et un verre de gros rouge pris sur une nappe cirée. L’humour est omniprésent, vachard parfois, toujours bien vu. C’est un livre qui parait léger de prime abord mais qui, une fois refermé, laisse le lecteur songeur. Ici, point de grandes phrases et de poésie. On est dans un concret pas toujours reluisant, dans la tête même de cet homme qui se croit tellement malin qu’il constitue, sans le savoir évidemment, le pigeon idéal…