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Quinze kilomètres trois

Quinze kilomètres trois

Martine Laval

Liana Levi

  • 3 juillet 2011

    Quinze kilomètres trois. Il s’agit de la distance qui les sépare de la mer. Quinze kilomètres trois pour échapper aux jours sans lendemains. Elles sont deux à partir et à tout laisser. Adolescentes dont la vie rime avec ennui et sans avenir. Quinze kilomètres trois et une fuite vertigineuse dans cette mer du Nord de la France qui les avale.

    Le suicide de ces deux adolescentes est un fait réel, je ne parlerai pas de faits divers. Ce serait prêté de la légèreté à ce drame. Elles sont deux à avoir conclu un pacte fou. Parcourir les quinze kilomètres trois qui les séparent du Cap Blanc-Nez et se jeter d’en haut de la falaise. Un récit court mais intense où le désespoir, le désenchantement s’élèvent comme un chant. Récit où le paysage est un sémaphore : le drame et les désillusions s'y ancrent. Un paysage comme toile de fond et toujours présent à travers les témoignages. Tour à tour, l’auteur laisse la parole à une prof de française blasée, à une voisine, à une autre jeune fille, à un cousin d’une des deux adolescentes et enfin au paysage. Il en ressort de la résignation comme si l’avenir semblait être sans appel dans cette région. A la question de savoir ou de comprendre ce geste désespéré, chacun donne sa version ou du moins ce qu’il pense savoir.

    Sans jamais sombrer dans le pathos, ce petit livre m’a plus que touchée. Poignant et émouvant, il rend perceptible la beauté d’une région et d'un malaise. L'écriture de Martine Laval est singulière, juste et sensible ! Préparez-vous à de gros émois…


  • 1 juillet 2011

    un petit récit mais un très grand moment de lecture

    Un petit livre mais un concentré d’émotions. Dans la banalité des jours, une bride de conversation de deux adolescentes de 14-15 ans va bientôt bousculer la quiétude d’un petit village. Deux gamines qui ont choisi leur destin quelque peu abrégé. Le style est superbe et nous emporte dans une déferlante d’interrogations, malgré la tragédie qui se trame, l’auteur a su faire preuve de douceur et de poésie. L’atmosphère est bien posée, tout semble calme et les deux jeunes filles paraissent sans problèmes majeurs :

    “De ces deux jours d’attente, de fébrilité silencieuse, peu de chose à raconter. on aurait dit des anges. A la table du dimanche soir, en famille, par d’orage, calme plat, genre famille je vous aime. Idem, le lundi, au collège. Pas de soupirs, par d’insolences. Du velours pur les profs, soulagés. De l’étonnement, peut-être de la déception, pour les vingt-trois filles et garçons de la classe, pas vraiment des copains, des gosses plus avachis que turbulents, surchargés d’ennui. “

    Un mardi matin, le jour J du grand saut, elles vont comme si de rien vers leur destinée :

    “Elles marchent. Leur bout du monde est à quinze kilomètres. Virgule trois. J’ai compté. Elles me bluffent. Comment ont-elles fait pour parcourir ces quinze kilomètres trois cents de collines, de bois, de champs à betteraves qui les séparent du village ? Je les imagine. Je les vois marcher. Elles ont opté pour le lent écoulement des choses.”

    Dans un style fluide, le lecteur se glisse dans le récit, comme envoûté. Chaque chapitre donne la parole à des personnages différents, la prof, le cousin, une autre fille, une lectrice et le plus superbe : le paysage. Chacun donnant sa perception des choses, son étonnement du fait.

    Une lecture époustouflante, qui nous fait frissonner, trembler. Le mal de notre jeunesse, ne pas trouver sa place ni croire à son avenir, et nous les adultes qui sommes là à laisser croire que tout est possible, mais dans la tête de deux jeunes filles, l’impossible est pour elles le choix le plus simple. Pourquoi ? Question qui revient. Pourquoi, à deux, ensemble, pourquoi là et pas ailleurs.

    Une histoire qui bouscule , qui nous laisse dans un malaise sans nom, j’ai aimé le style et la construction de ce récit.

    Choisir des morceaux, tout le livre y passerait, j’ai adoré cette écriture, j’opte pour le paysage :

    Je suis le ciel. Je flotte sur la lande, sur la mer. J’enlace le paysage. Je protège la fin du monde. J’ai l’humeur changeante, j’aime les déluges, j’aime le calme. On me regarde. On me scrute. On attend de moi la paix. J’annonce l’hiver, jamais le printemps. Je dessine l’horizon et la faille. Je suis la lumière et l’infini. Je suis l’éternité, celle qui passe sans bouger.