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Le Sport des rois

Le Sport des rois

C. E. Morgan

Gallimard

  • 26 octobre 2019

    Conseillé par Célia

    Voici un grand roman américain comme on les aime !

    Présenté comme une fresque familiale, ce récit d'une forte densité s'étend sur plusieurs générations.

    Nous suivons Henry Forge dès ses plus jeunes années, alors qu'il cherche difficilement sa place au sein de sa famille. Il est le dernier héritier des Forge, qui ont bâtis leur fortune sur leur exploitation agricole dans le sud des États-Unis.

    Cela n'est pas au goût de Henry, qui rêve de transformer l'héritage familial en un élevage de chevaux depuis qu'il s'est découvert une fascination pour cet animal. Ce rêve le motive et lui donne la force nécessaire pour échapper à l'emprise de son père tout le long de sa jeunesse.

    Nous le retrouvons ensuite une fois père d'une petite Henrietta. Il l'initie très vite à sa passion équine, et ensemble ils continuent dans cette quête du cheval parfait qui leur permettrait de remporter toutes les courses. Certains chapitres sont d'ailleurs consacrés aux recherches de la jeune femme et dévoilent des données biologiques tout à fait passionnantes !

    Mais l'histoire se passe dans le sud des États-Unis, où le poids des coutumes et le racisme ont la vie dure. Certains chapitres intercalés donnent d'ailleurs voix à des esclaves, mettant en exergue toute l'histoire américaine.

    Lorsqu'un jeune afro-américain ose proposer son aide aux Forge, il ne se doute pas du séisme qu'il va déclencher au sein de la famille. Malgré sa grande expérience avec les chevaux et le don qu’il semble avoir envers eux, son arrivée suscite bien des tensions et des dissonances dans la famille. Notamment avec Henrietta, pour qui la tentation de rompre les codes est plus qu'attractive...

    Un premier roman grandiose, dense et magnétique, qui a tout pour vous plaire.


  • par (Libraire)
    24 avril 2019

    Au grand galop, Catherine Elaine Morgan nous offre l'Amérique !

    Dans ce roman hors norme et audacieux, l'auteure nous tend l'histoire de la famille Forge des années 50 jusqu'à nos jours, dans l'état du Kentucky, ce Sud où résonne encore l'esclavage et la ségrégation.
    J'aime ce roman qui cogne, au ton vif, ces personnages forts comme Henrietta et ces " arrêts sur image " sur ces grands paysages du sud-est des États-Unis, sur l'herbe bleue ou encore les roches, le tout dans une belle traduction.
    Daniel


  • par (Libraire)
    4 avril 2019

    On rentre dans ce gros roman par une superbe scène d'ouverture, digne d'un film... un gamin court dans les champs... les plants de maïs pliants sous ses pas... On lui emboîte le pas pris par le souffle qui se dégage de ce livre. Nous voici chez les Ford, une famille d'éleveurs de chevaux, de leur territoire immense où se jouent ces petites histoires formant celle, plus vaste, des États-Unis.
    Une histoire amère sous la plume de l'auteure, faite de ségrégation, de brimades et de défaites.
    Le terme "grand roman américain" est souvent galvaudé mais semble plus que juste pour ce texte.


  • 15 mars 2019

    J ai ouvert ce livre avec gourmandise, moi qui aime tant les chevaux, et leurs nasaux de velours...Alors avec le Sport des rois j'ai traversé l'Amérique profonde au grand galop , mais j'ai trouvé qu'une terre brûlée par les années d'esclavage et de haines irréductibles.

    Trop d'arrogance ''darwinienne'' pour les Blancs''suprémacistes'' imbibés de suffisance jusqu'à la nausée, trop de douleurs recuites pour les Noirs issus de siècles d'humiliations, et toujours asservis dans leur âme longtemps après avoir rompu leurs chaînes.
    Le métissage harmonieux n' est pas pour demain, si l'on en croit C.E.Morgan, au regard scientifique comme un scalpel, et qui ne fait aucune concession à la douceur de vivre, à la douceur d'aimer, malgré l'herbe verte des paddocks et toute cette nature florissante, ses couchers de soleil aux couleurs déployées , écrin aussi somptueux qu' inutile à la violence...Oui les chevaux sont là, (et C.E Morgan s'y connait) des ''Pégase'' magnifiques, mais les jambes brisées par l'appât du gain, et les mains indélicates.....
    Un roman, d'une belle écriture, âpre, dense, sans pitié pour une humanité rongée de l'intérieur, perdue, décadente …et qui fait mal.... Beau livre cependant .


  • par (Libraire)
    26 février 2019

    Magnifique et terrible, un très grand roman!

    650 pages, autant dire un pavé, vont vous plonger dans l’Amérique des propriétaires terriens du Kentucky à la terre fertile et à l’herbe bleue, et dans l'histoire de ceux qui les ont rendus riches et arrogants, les esclaves : un roman brillant et dense qui vient d’être publié dans la collection « Du monde entier » chez Gallimard, écrit par une jeune femme presque inconnue puisqu’elle n’a publié qu’un seul roman précédemment.
    Le lecteur va suivre la destinée d’une famille, les Forge, arrivée au Kentucky il y a 7 générations, emplie de la certitude d’être la maîtresse de ces terres et dont la fierté du nom est la colonne vertébrale.
    Le jeune Henry Forge, dont on va suivre le parcours de façon plus intime ainsi que celui de sa fille, Henrietta, déclare à son précepteur tout juste arrivé au domaine :

    « Le Kentucky est le plus grand Etat de l’Union.
    - En êtes-vous sûr ? répliqua l’homme
    - Absolument.
    - Plus grand même que le New Jersey ? » Il tortilla ses lèvres d’un air vaguement amusé.
    Henry ne saisit pas la plaisanterie, il écarquilla les yeux. «  Des gens ont risqué leur vie pour arriver jusqu’ici et fuir des Etats comme le New Jersey. Quand ils ont banni l’esclavage en 1804, de nombreuses familles ont migré vers le Sud avec leurs Nègres pour s’install-
    - Leurs Noirs ». L’homme inclina la tête sur le côté, un sourcil levé. « Vous vouliez dire Noirs, non ? »

    Quand Henry hérite du domaine, il décide d’arracher le maïs et le tabac qui ont fait jusque-là la fortune de la famille et le transforme en haras pour y élever des purs-sangs et créer le cheval qui mettra tous les autres à terre. Obnubilé par sa passion, il se lance dans cette entreprise et y consacre sa vie tout en léguant son obsession à sa fille qu’il va éduquer dans le but de poursuivre son grand œuvre.
    La dynastie Forge fonctionne en circuit fermé, d’autant que la mère de Henrietta a fui le domaine pour l’Europe en laissant à son mari le soin d’élever la fillette qui se révèle brillante et aussi déterminée que son père à créer des chevaux exceptionnels. C’est à ce moment-là que va débarquer Allmon Shaughnessy, embauché comme groom et premier Noir à travailler dans le haras des Forge.
    L’histoire va et vient dans le temps et nous ramène à ce qu’ont enduré les ancêtres d’ Allmon et ce que lui-même va devoir supporter ; elle raconte le sort qui s’acharne sur les Noirs de Cincinnati et d’ailleurs, hommes ou femmes, jeunes ou vieux et qui les remplit de haine et de volonté de vengeance.
    L’écriture puissante de E.C. Morgan est complexe et nous entraîne dans ce qui fonde l’histoire des Etats-Unis, mais elle fouille également le tréfonds des âmes tout en dépeignant la nature et le monde des chevaux de façon superbe. Un très grand roman, assurément, et une auteure à suivre.


  • par (Libraire)
    6 février 2019

    Gigantesque !

    Un roman gigantesque qui parle de chevaux, d’équitation. Mais pas que. Un roman gigantesque qui parle du racisme et de misogynie, d’encolure et de cou, de poitrine et de poitrail. Un roman américain qui à travers trois générations de fermiers du Kentucky raconte le Noir et le Blanc. Un deuxième roman magistral et déboussolant de Claire Elaine Morgan.

    Eric Rubert

    C’est comme un film en cinémascope avec les couleurs des projections des années soixante. C’est un paysage paradisiaque qui semble figé depuis des millénaires: Paris, Paris dans le Kentucky, cet « endroit qui se glorifie de fournir un esclave à chaque homme blanc ». La véritable immobilité c’est celle des petits points noirs que l’on distingue, disséminés dans le paysage. Ce sont des femmes et des hommes qui sont là depuis la fin du 18 ème siècle, qui ne bougent pas, qui prolongent la vie de leurs ancêtres car la génétique et l’expérience doivent mener l’existence vers la perfection. Une expérience qui dit que les blancs sont supérieurs aux « Négros », que le Klan d’une certaine manière aide à la justice.

    Si l’on regarde longuement l’image on s’aperçoit qu’elle constitue une fresque, qui raconte une histoire, celle de trois générations de propriétaires blancs, racistes, misogynes, certains de leur supériorité issue de la sélection naturelle.
    Pour animer cette fresque, faire bouger les choses, il faudra une femme. Henrietta, fille de Henry. Une Forge bien entendu. A la moitié de cet énorme roman, un jeune homme noir, Allmon Shaughnessy, jeune garçon d’écurie, va bouleverser l’ordre des choses. Dans un monde d’équitation et de cheval, qui s’entrecroise avec l’histoire de l’esclavage, des boxes vont s’ouvrir, des perspectives nouvelles se proposer. Un jour naît chez les Forge la plus belle des pouliches que la Terre ait porté. Elle est noire. Comme un symbole. Elle est belle, magnifique. Comme le corps de Allmon que Henrietta désire au plus profond d’elle même. Des corps que Catherine Elaine Morgan décrit magnifiquement, des muscles qui vivent et respirent lors d’un débourrage ou lorsque Henrietta exige d’Allmon son amour. Des corps en mouvement et sans mensonge, annonciateurs d’une rébellion brusquement nécessaire.

    Cet énorme roman fleuve, à la lecture nécessairement attentive, est large, ample, liquide, dévalant la pente comme l’Ohio, ce fleuve qui sépare les pays d’esclavage des états de liberté.
    C.E Morgan nous fait traverser ce torrent d’eau, nous faisant flotter, suffoquer parfois, mais parvient finalement à nous faire traverser ces trois cent soixante seize mètres d’une frontière, pour atteindre le sol ferme. Alors on s’ébat, on se sèche après tant d’impétuosité. On reste plein de questions et on se demande si le monde a vraiment changé au cours de ces décennies sous les coups de violentes ruades alors qu’un fermier accoudé au comptoir se demande à haute voix: « Je crois que le pardon et l’amour c’est la même chose. Pas vous? ».

    Eric Rubert.