Allmen et le diamant rose – Martin Suter – éditions Christian Bourgois.

Johann Friedrich Von Allmen est chargé de retrouver un certain Solokov disparu avec un diamant rose. Sur cette trame simple, Suter parvient à écrire un roman oscillant entre policier à l’ancienne (on pense souvent à Arsène Lupin dans le ton), et éléments des plus contemporains (ordinateur portable, finance internationale…). La deuxième partie du livre se déroule dans un ancien hôtel de luxe dans lequel chacun des protagonistes s’observe. On est happé dans cette bulle hors-temps par ce ballet savamment orchestré où tout semble se jouer. Le style de Suter possède une élégance folle et nous offre une grande leçon d’écriture. On ne peut s’empêcher de penser à la distinction d’un autre grand créateur, parti lui aussi à la recherche d’un diamant rose : Blake Edwards.

La muraille de lave – Arnaldur Indridason – éditions Métaillié.

En l’absence du commissaire Erlendur, un personnage se révèle : Sigurdur Oli. Ce dernier va à la fois mener son enquête, rendre service à des amis au risque d’être hors-la-loi, et tenter de faire face à la récente séparation avec sa femme. Si les différentes affaires auxquelles il se confronte (chantage, assassinat, pédophilie…) semblent n’avoir aucun lien, très vite elles vont s’imbriquer les unes aux autres. Roman publié en Islande en 2009, la Muraille de lave semble être hanté par la crise financière de 2007. Mais, la grande force du livre, c’est de nous faire ressentir que le traumatisme est plus profond. Comme le dira Sigurdur Oli : « Vous devez considérer tout cela comme un ensemble ». Sans manichéisme, Indridason parvient avec brio à nous prouver que chacune des affaires a au moins un point commun : l’égoïsme et l’individualisme de nos décisions et de nos vies.

L’histoire en vert de mon grand-père – Lane Smith- Gallimard Jeunesse

Après « C’est un livre » Lane Smith continue à nous étonner, pour notre plus grand plaisir. 3L’histoire en vert de mon grand-père » est un livre rare, précieux et plein d’une incroyable tendresse.

Une guerre de génies, de héros et de lâches – Barouk Salamé – éditions Rivages

  Avec Une guerre de génies, de héros et de lâches, Barouk Salamé nous livre un des meilleurs romans noirs de ce début d’année 2012. Ce roman nous raconte la jeunesse de Serge Sarfaty, enquêteur des deux précédents romans de l’auteur. Été 1962, la fin de l’Algérie française est marquée par une grande confusion. Non seulement l’OAS et le FLN règlent leurs derniers comptes, mais au sein même de ceux qui veulent l’Indépendance de l’Algérie – mais pas dans les mêmes conditions – les clans se déchirent. (Lire la suite…)

Le testament américain – Franz Bartelt – éditions Gallimard

Y’a pas à dire, ce gars là il me fait rire. Et si vous n’avez pas encore eu la chance de le croiser, le Bartelt, ce nouveau livre est l’occasion de commencer. Pour les lecteurs de la première heure, c’est encore un bonheur de le retrouver.

Mais quelle drôle d’idée que ce testament du Clébac Daroin, milliardaire tombé du ciel. A sa mort il demande, que dis-je, il exige pour chacun des habitants de Neuville, « petit village de trois centaines d’individus répartis par paquets ou à l’unité dans une soixantaine de masures, aussi délabrées que leurs propriétaires » il exige donc pour chacun d’eux que soit construit un tombeau. Oh non pas un truc tout simple mais un véritable mausolée, un temple, une sorte de demeure mortuaire avec marbre, toiture en ardoises vernissées, baies vitrées et vide sanitaire. (Lire la suite…)

La folie Giovanna – Elise Galpérine – éditions Nicolas Chaudun

Deux ans après Le Murmure des tissus où il était question d’étoffes, de vocabulaire et de textile, toute coquetterie mise en avant, véritable apologie des motifs et des textures soyeuses et autres, Elise Galpérine, toujours chez Nicolas Chaudun, continue de nous transporter dans d’autres temps vers d’autres fragilités.

Avec La folie Giovanna, l’odeur des madeleines et du thé sous le cerisier ne sont pas loin, dans cette famille du début 1900. La grande bourgeoisie est à portée de main et avec elle son « lot de fadaises dynastiques » où l’ordre inébranlable règne et où tout doit être contenu et tu. Tout …sauf François….

Elise Galpérine avec La Folie Giovanna nous donne à lire un très précieux roman où tout est dit, et avec quelle langue, sur ces si belles familles début de siècle, au dessus de tout, à moins qu’un petit être extra ordinaire ne vienne bouleverser l’ordre établi, et du haut de son enfance nous montre la face cachée de ce monde, avec tout ce qu’il y a de plus douloureux. Magnifique.

Mille petites falaises – Shaughnessy Bishop-Stall – Actes Sud

Mason est un écrivain qui ne parvient pas à écrire un roman. Obligé de travailler pour vivre – et se payer toutes sortes de stupéfiants – il se retrouve vendeur de hot-dogs. Durant ses journées de travail, il va rencontrer un client qui, apprenant sa passion pour l’acte d’écrire, va lui commander une lettre d’amour. Cette dernière sera finalement utilisée par ce même client comme lettre d’adieu pour accompagner son suicide. Mason pense alors avoir trouvé un créneau, et passe une annonce en tant qu’écrivain de lettres pour suicidés. Le roman démarre comme du Westlake, puis passe par Bukowski, avant de finir en une histoire d’amour fou.

Une vraie découverte que ce roman noir, un peu trash, touchant et bourré d’idées.

La Liseuse – Paul Fornel – éditions P.O.L.

Magnifique chronique d’un monde en perdition, à travers le portrait d’un éditeur dépassé par le progrès. Très belle et très juste réflexion sur un univers qui vacille: celui du livre.

Enfants de poussière – Craig Johnson – éditions Gallmeister

Dans le comté d’Absaroka, dans le Wyoming, est retrouvé le corps sans vie d’une jeune asiatique. Le shérif Walt Longmire va devoir mener une enquête le reliant à son propre passé de vétéran. Craig Johnson nous livre un grand roman ample, dans lequel chaque élément parvient à renouveler la grande mythologie de la littérature américaine.

Trois vautours – Henri Trujillo -éditions Actes Sud

  Javier veut quitter l’Uruguay, afin de s’offrir un avenir meilleur. A cette fin, il décide de convoyer un 4 x 4 volé de Buenos Aires jusqu’en Bolivie, contre une somme qui lui permettra de quitter définitivement son pays. Étrange roman que ce Trois vautours… à la fois roman d’aventure, de misère et d’amour… le tout baigné dans une atmosphère de fièvre et de délire.